Les Américains ont à l’égard des vacances le même comportement que les plus puritains d’entre eux à l’égard du sexe. Un sondage réalisé par ComPsych – une organisation spécialisée dans la gestion des ressources humaines – auprès de 700 entreprises révèle que 56 % des employés préfèrent retarder le moment de prendre des vacances, lorsque la conjoncture économique s’avère défavorable. Ce qui n’est pas surprenant, puisqu’un sondage Expedia, mené en mai 2003, démontre qu’un Américain sur cinq se sent coupable de s’offrir ce moment de détente.
Selon l’économiste Pierre Fortin, de l’UQAM, les Américains consacrent en moyenne 13 % plus d’heures au travail que les Québécois. Cet écart, qui ne cesse de croître est surtout attribuable à la durée moyenne des vacances. La majorité de nos voisins du Sud s’offre moins de deux semaines de congés. Même s’il s’agit d’une tradition « autorisée », les employés américains sont peu encouragés à s’en prévaloir, alors que sur le vieux continent, les travailleurs bénéficient généralement de quatre semaines ou plus de vacances et qu’ils sont encouragés à les prendre.
On constate l’évolution du phénomène notamment grâce à l’indice trimestriel instauré par la Travel Industry Association of America et mesurant la propension des Américains à prendre des vacances en fonction du temps disponible (graphique 1).

Le paysage n’est guère plus reluisant à long terme, puisque l’âge moyen auquel l’Américain prend sa retraite atteint maintenant 64 ans alors qu’il est de 59 ans au Québec. On assiste néanmoins à une prise de conscience puisque, selon le YPB/Yankelovich National Leisure Travel Monitor 2003, environ 60 % des Américains considèrent qu’ils ne disposent pas suffisamment de temps de loisirs. Par conséquent, plus de la moitié des baby-boomers envisagent sérieusement de ralentir leur rythme de vie au cours des prochaines années.
Par ailleurs, la planification et la réservation des voyages s’effectuent de plus en plus à la dernière minute et sur de courtes distances. Dans un sondage réalisé pour Travelocity, 61 % des Américains mentionnaient voyager vers une destination située à moins de 200 miles [322 km] de leur domicile en 2003, comparativement à 40 % en 2002. Les forfaits de trois ou quatre jours correspondent à un besoin et le Québec est géographiquement bien positionné pour y répondre.
Les destinations limitrophes (de proximité) seront privilégiées par les vacanciers, ce qui, pour le Québec, justifie le choix de cibler particulièrement le marché de la Nouvelle-Angleterre. La proportion des voyages effectués en voiture est passée de 77 à 81 % entre 2002 et 2003. Les forfaits détente et les centres de santé à l’intérieur de get away week-end s’avèrent des produits porteurs dans ce contexte. On s’adresse à une clientèle plus stressée que jamais – 70 % des Américains considèrent que leur vie est devenue trop compliquée – qui ne demande qu’à relaxer et se faire dorloter. À cet égard, on pourrait penser qu’une offensive marketing du type you’re worth it ou « vous le méritez bien » s’avèrerait une stratégie gagnante pour ce segment de marché.
Sources :
- Fortin, Pierre. « Différences dans les heures annuelles travaillées par les habitants entre les États-Unis et le Canada », Observateur International de la productivité, printemps 2003.
- Zernike, Kate. « The Vanishing American Vacation », The New York Times, 29 août 2003.
- Expedia.com. « Expedia.com Survey Reveals Too Many Americans Put Quality Time on Standby », 21 mai 2003.
- Yesawich, Peter. Superior Small Lodgings Conference in Fort Lauderdale, 7-10 décembre 2003.
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