Qu’ont en commun Tintin, Spirou, Gaston Lagaffe, Lucky Luke, etc.? Ils décorent tous, à Bruxelles, capitale de la bande dessinée, de gigantesques fresques murales réparties dans toute la ville, pour le plus grand bonheur des touristes… ainsi que pour combattre la saleté et les graffitis!
Aujourd’hui, la Belgique ne compte pas moins de 650 auteurs de bandes dessinées. Certains diront, amusés, que c’est «la plus grande concentration au monde de héros de papier au kilomètre carré». Et Bruxelles, outre le fait qu’elle est la capitale de l’Europe, représente sans conteste la capitale de la bande dessinée. C’est un rôle thématique qu’elle assume d’ailleurs fort bien, avec une offre variée, comme son Centre belge de la bande dessinée et le musée Hergé.

Coup de pouce à la revitalisation urbaine
Mais le plus original consiste en une série de fresques murales géantes, réparties dans toute la ville. Ces peintures en trompe-l’oeil, imprimées ou peintes, masquent des bâtiments vétustes et des pans de mur dégradés par le temps. Pas moins de 27 de celles-ci décorent la ville de façon insolite.
L’idée est née en 1990 de la volonté de l’administration de la ville de Bruxelles de transformer les murs des vieilles maisons en véritables fresques colorées pour échapper aux tags et graffitis, ainsi qu’aux dépôts clandestins de déchets.
Les responsables municipaux sont d’ailleurs tout à fait enchantés de cette initiative, qui a mis un frein radical aux dépravations.

Une excursion «Parcours BD»
Ces fresques, outre leur vocation environnementale, sont aussi l’occasion d’une formidable excursion BD dans Bruxelles. On organise des circuits touristiques, à pied ou à vélo, pour faciliter leur découverte. Le Parcours BD constitue un fil conducteur pour découvrir la ville, l’histoire des quartiers et des petits cafés.
Toutes les fresques du parcours ont été réalisées par l’association Art Mural d’après un dessin original des auteurs. Elles font désormais partie du patrimoine culturel de la ville et représentent une activité touristique fort distrayante et de plus en plus populaire. Ainsi, chaque année, des quartiers renaissent.
Et Bruxelles n’a pas l’apanage de cette originalité.
La Cité de la création
Depuis 1978, l’entreprise française Cité de la création crée des oeuvres monumentales, des fresques urbaines, dans des espaces publics ou privés, au service des habitants, des touristes, des visiteurs…
Plus de 350 oeuvres variant dans leurs contenus, styles, formes et dimensions ornent à ce jour les murs de nombreuses villes en France (Lyon, Marseille, Brest, Paris, Carcassonne, etc.), mais également ailleurs dans le monde, à Barcelone, Mexico, Leipzig… et Québec.
En effet, ces «muralistes», comme ils se définissent, sont les auteurs de La Fresque des Québécois, une murale de 420 mètres carrés située au coeur du quartier historique de Québec, au pied du Château Frontenac.
Une architecture en trompe-l’oeil y présente quelques Québécois parmi les plus célèbres.
Ces créations affichent des identités culturelles, sociales ou économiques toutes différentes. Elles ont pour vocation de révéler, marquer, embellir des lieux, des quartiers, des espaces urbains ou industriels.
Ailleurs, au Canada
Des régions ont également eu recours à cette forme d’art public pour relancer leur économie. C’est le cas des villes de Chemainus et de Hope (Colombie-Britannique), de Welland (Ontario) et de Moose Jaw (Saskatchewan), où l’industrie touristique s’est faite locomotive de développement par l’intermédiaire de l’art public.
Pionnière canadienne, Chemainus a fortement influencé le mouvement muraliste canadien, dès les débuts en 1982. Jadis, cette petite ville dépendait uniquement de l’industrie du bois. Mais, à la fermeture de la scierie, la municipalité a décidé de créer le Festival of Mural Association, dont les
33 murs peints, à ce jour, attirent annuellement près d’un demi-million de visiteurs. Avec l’appui des citoyens et de gens d’affaires de la région, la localité a ainsi réussi à surmonter la crise économique et sociale.
Une idée pour le Québec?
Rappelons-nous les nombreux articles parus dans la presse l’automne dernier, dénonçant la malpropreté de la ville de Montréal. Le problème n’est pas nouveau.
L’utilité des fresques murales non plus, et à l’hiver 2003, la Commission des biens culturels du Québec (CBCQ) décidait d’étudier la question. Ce projet d’étude visait à enrichir la réflexion sur la délicate opération d’intégrer de grandes surfaces peintes dans un milieu riche de significations historiques.
L’étude relève diverses fonctions associées à la murale urbaine: support à la création artistique, objet de réinsertion sociale, outil pédagogique, outil de propagande sociale, politique ou commerciale, etc.
Mais surtout, elle définit la fresque murale comme une bonne méthode de requalification et de revitalisation urbaine. En effet, le mur peint sert à faire oublier son aspect inesthétique. Selon la CBCQ, la fresque dite «urbaine» est souvent apparue dans des lieux déstructurés par des démolitions massives ou par l’implantation d’infrastructures, comme des autoroutes.
À Québec, les projets muralistes de la Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ) représentent un bon exemple de politique d’embellissement, de réaménagement des espaces publics et de mise en lumière des monuments, afin de préparer la capitale nationale aux célébrations du
400e anniversaire de la fondation de la ville, en 2008.
Citons par exemple, trois murales qui ont été peintes dans l’arrondissement historique du Vieux-Québec. Outre La Fresque des Québécois (1999), on peut admirer celles du Petit-Champlain (2001) et de l’Hôtel-Dieu de Québec (2003), ou encore, Les Fresques des piliers, exécutées sous l’autoroute Dufferin-Montmorency, dans le quartier Saint-Roch.

Partout, ces immenses galeries d’art à ciel ouvert font le bonheur des passants et des touristes!
Voir aussi
Brussels BD Tour
Parcours BD
La Cité de la création
Sources:
- Commission des biens culturels du Québec. «La murale urbaine: pratique et fonctions», 2004 [www.cbcq.gouv.qc.ca/murale.html].
- Québec urbain. «Un cri du coeur pour la mise en valeur des fresques publicitaires de Québec», 22 mai 2003.
- Rowe, Percy. «Une galerie d’art à ciel ouvert», Go Media Canada, 12 avril 2003.
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