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Analyses - 13 mai 2004

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mai 2004

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Meilleures pratiques – Taxe de séjour : un outil de gestion

Pour une majorité de destinations touristiques, la taxe de séjour constitue un levier financier important, généralement utilisé pour des activités promotionnelles. Pour les régions du Québec ayant choisi d’exercer ce pouvoir administratif, un défi se pose : optimiser l’utilisation des fonds constitués à l’aide de cette mesure. Le modèle de la France qui a choisi d’y greffer une carte d’hôte constitue un exemple intéressant.

Apports de la taxe d’hébergement

La taxe touristique permet à une destination de disposer de nouvelles ressources financières. L’objectif est souvent le renforcement de l’attractivité et de la notoriété de la destination. De telles initiatives ne suscitent évidemment pas toujours l’unanimité. Par exemple, l’Ontario continue de s’y opposer depuis plusieurs années, bien qu’Ottawa se soit dotée d’une taxe hôtelière volontaire.

Selon Patrick Vicériat, du département ingénierie et stratégie touristiques chez ITG Consultants, trois raisons font de la taxe de séjour un outil de gestion d’avenir. C’est :

  • Une ressource largement sous-exploitée alors que sa collecte n’est souvent pas optimisée (le montant exigé pourrait être supérieur).
  • Un levier mobilisateur des acteurs locaux qui permet, une fois les obstacles aplanis, de créer un consensus entre les intervenants et de travailler en concertation autour de valeurs communes.
  • Un outil pouvant servir à des fins de développement durable en transformant (complètement ou en partie) la taxe de nuitée en taxe écologique.

Différentes formes de taxation

Au Québec, l’application de la taxe spécifique sur l’hébergement dans les régions touristiques prend la forme d’une tarification fixe de 2 $ par nuitée. On compte actuellement 13 régions touristiques où la taxe est en vigueur. Les revenus perçus par l’ATR dans les régions participantes sont utilisés de différentes façons. Généralement, de 60 à 75 % des budgets sont consacrés à la promotion globale de la destination. Les sommes restantes se répartissent entre des crédits marketing pour les établissements membres de l’ATR, du développement touristique et de la promotion d’événements touristiques.

D’autres destinations optent plutôt pour un taux de taxation fixe s’appliquant au prix de la nuitée. Par exemple, les villes de Victoria, Vancouver et Whistler appliquent une taxe de 2 %, Aspen (Colorado), de 1%, et le Massachusetts, de 5,7 %.

Certaines régions, notamment à l’intérieur de plusieurs communautés françaises, privilégient une taxe de séjour forfaitaire. Celle-ci se calcule selon la capacité d’accueil de l’hébergement, le tarif en vigueur et le taux moyen de fréquentation sur une période donnée. Le montant de base de la taxe de séjour forfaitaire est donc indépendant du nombre de clients hébergés. Bien qu’en France cette formule soit davantage intégrée selon une approche communale, où chaque municipalité détermine son mode de taxation, rien n’empêcherait d’appliquer la taxe de séjour forfaitaire à plus grande échelle.

Exemple de la Carte d’hôte de France

Depuis 1996, certains territoires touristiques en France ont pris l’initiative de bonifier leur taxe de séjour avec une carte d’hôte. Bien que ces cas étudiés aient associé la taxe de séjour à la Carte d’hôte, le principe de taxation n’en constitue pas une condition sine qua non. L’objectif principal de cette mesure consiste à doter les régions d’un outil de gestion de la clientèle. Il s’agit d’une carte nominative et numérotée remise à tout client utilisant une unité d’hébergement commercial sur le territoire. L’intérêt pour le visiteur se situe au niveau des avantages qu’il reçoit pour l’utilisation de la carte. Les bénéfices prennent la forme de réductions et de gratuités pour des prestations touristiques situées dans le territoire visité.

La mise en place de la Carte d’hôte en complément de la taxe de séjour constitue un outil de gestion à plusieurs égards, pour :

  • Assurer un suivi de la performance de la destination et des comportements de voyages de la clientèle.
  • Permettre un meilleur ajustement de l’offre grâce à l’observation continue de la demande.
  • Offrir une information plus complète sur les activités et les services disponibles et ainsi améliorer la qualité globale du séjour.
  • Renforcer la fidélisation de la clientèle.
  • Exercer une rétention de la clientèle (prolongement du séjour) invitée à profiter d’offres promotionnelles dans la région.

Les résultats obtenus par la France grâce à l’instauration de la Carte d’hôte s’avèrent fort positifs. Depuis son entrée, 40 territoires touristiques l’ont adoptée, soit 15 000 établissements, qui distribuent chaque année 3 millions de cartes. Les recettes de la collecte de la taxe de séjour en France atteignent annuellement 117 millions d’euros.

La preuve est faite de l’utilité d’une taxe touristique comme levier financier pour soutenir l’industrie touristique. À la lumière de l’expérience de la France, un questionnement s’impose sur les manières de dépenser les sommes recueillies afin d’en optimiser les rendements. Par exemple, quelle proportion du budget doit-on allouer à la promotion par rapport aux efforts à consentir au développement de l’offre ?

D’autres avenues d’investissement — par exemple le financement de nouvelles liaisons aériennes entre Montréal ou Québec et certaines villes hors-Québec — seraient des projets mobilisateurs et structurants pour l’ensemble des régions. De plus, un examen approfondi des expériences étrangères en matière de cartes d’hôte mérite d’être considéré afin d’évaluer l’application de cette mesure et ses retombées potentielles pour le Québec.

Sources :
- Vicériat, Patrick. « La taxe de séjour, un impôt toujours jeune », Espaces 212, février 2004.
- Lerner, Jill. « Officials try to save tourism fund from budget tax », Boston Business Journal [www.bizjournals.com], mai 2003.
- Cartedhote.net. « Une taxe de séjour mieux perçue », [www.taxedesejour.net].
- Tourisme Gaspésie. « Guide d’information et de discussion sur l’implantation de la Loi 76 », septembre 2002.