10 juin 2004

Danemark: intégrer les parcs éoliens au paysage touristique

0Catégorisé dans : Ailleurs dans le monde|Enjeux
Imprimer

D’aucuns diront que les parcs éoliens dénaturent le paysage et font fuir les touristes. Au contraire, l’exemple du Danemark nous prouve que, bien gérés, ceux-ci constituent un attrait touristique non négligeable. Portrait d’un mariage mixte: environnement et tourisme vert…

Les «champions» de l’éolienne

En 2003, au Danemark, la puissance éolienne totale était de quelque 3000 MW répartis sur environ 6500 éoliennes. Près de 85% de cette puissance appartient à des particuliers ou des coopératives.

Depuis les années 1970, le gouvernement danois favorise le développement de l’industrie éolienne par des politiques fiscales incitatives et des subventions. Ces dernières années, cette industrie est poussée par la volonté de se conformer au protocole de Kyoto pour le contrôle des émissions de gaz à effet de serre. De sorte qu’en 2005, l’éolien représentera 20% de la production d’électricité danoise, contre moins de 1% pour les éoliennes canadiennes.

Selon un sondage réalisé en 2001 par le journal danois Jyllands-Posten, 65% des Danois sont favorables à une augmentation de la part de l’énergie éolienne dans la production d’électricité. Et chose étonnante, ce sont les personnes vivant à proximité d’une éolienne qui sont, en moyenne, les plus favorables à ce type d’énergie, avec un taux dépassant les 80%.

Une éolienne dans ma cour

Petit à petit, arrivera un jour où les éoliennes feront partie du paysage. Elles deviendront transparentes et banales, s’intégrant parfaitement à notre vie économique et sociale. En attendant ce jour, bien des gens sont encore atteints du syndrome «pas dans ma cour».

Pollution visuelle? Pas si sûr!

Au Danemark, les éoliennes tendent à constituer une attraction touristique lorsqu’elles sont nouvelles dans un endroit donné, et les promoteurs de grands parcs éoliens y ouvrent souvent des centres pour visiteurs.

Les fermes éoliennes sont même au centre d’une promotion touristique orientée principalement vers le marché allemand, où le public est connu pour avoir un niveau d’intérêt élevé pour les causes environnementales et la nouvelle technologie.

Il n’existe aucune étude systématique sur la question, mais la Danish Wind Association se plaît à faire la relation entre l’implantation des parcs éoliens et le tourisme: en effet, au Danemark, le tourisme a augmenté de quelque 50% depuis 1980.

Les fermes éoliennes deviennent le paysage à la fois d’un tourisme «écologique» et d’un tourisme «industriel». Les hôtels, les gîtes et les campings utilisent cette image pour la promotion du tourisme vert.

De nombreuses entreprises d’excursions nautiques proposent des promenades en bateau pour visiter des fermes éoliennes situées en pleine mer, comme à Middelgrunden près de Copenhague (ferme qui peut être vue depuis les plages par temps clair). À Blavandshuk, l’on constate une augmentation notoire du nombre de visiteurs depuis l’installation d’une ferme de 80 éoliennes. En fait, elles sont reproduites partout: sur les dépliants publicitaires, les cartes postales, etc. Elles font la fierté du bureau local de Greenpeace, qui possède même des parts dans le projet. Elles sont le fier symbole de la prise de conscience sociale collective.

Au Québec, un vent plus favorable souffle

Au Canada, toutes les provinces ont des projets d’éoliennes. Au Québec, la commande est de 1000 MW d’ici 2010, soit moins de 4% de la capacité actuelle d’Hydro-Québec. On estime généralement qu’une production de 20 MW permet de chauffer et d’éclairer environ 6000 résidences.

L’implantation de fermes éoliennes ne réjouit pas seulement les écolos barbus en sandales: l’idée séduit aussi les régions, car c’est une industrie créatrice d’emplois directs et indirects. Surtout que, selon une étude publiée en avril 2004 et réalisée par la firme Hélimax énergie, un consultant indépendant spécialisé en énergie éolienne au Canada, le Québec dispose d’un potentiel éolien gigantesque, à des prix concurrentiels avec les autres filières.

L’étude démontre également que le développement de la filière éolienne n’est pas limité à la Gaspésie. Plusieurs régions du Québec affichent un grand potentiel éolien, dont la Montérégie, le Bas-Saint-Laurent et la Côte-Nord, qui détient à elle seule près du tiers du potentiel. Sur un horizon de 25 ans, l’étude met en lumière le fait que la mise en service de seulement 4000 MW d’énergie éolienne créerait 62 000 emplois directs et indirects et générerait des investissements totaux de près de 6 milliards $.

En Gaspésie, les parcs éoliens de Cap-Chat (76 éoliennes d’une capacité de 57 MW) et Matane (57 éoliennes d’une puissance de 43 MW) ont été mis en service en 1999 par la compagnie Axor. Mais certains affirment que ceux-ci ne seraient pas aussi productif que les prévisions le laissaient entendre. Le président de l’entreprise remettrait en cause la qualité des vents. D’autres invoquent des problèmes avec les éoliennes elles-mêmes (adaptation de la technologie danoise à notre climat plus extrême), ainsi que des problèmes de gestion du chantier.

Voir aussi

Danish Wind Asociation

Sources:
- Radio-Canada. «Un controversé projet éolien au large du Massachusetts», Zone Libre (émission télévisée), novembre 2003.
- AusWEA. «Wind farms and tourism», Australia’s Peak Body for the Wind Energy Industry, 2003.
- Leaning, John. «Danes extol wind farm: Visitors tell legislators the offshore turbines have helped the tourist industry», Cape Cod Times, 11 novembre 2003.
- CNW. «Greenpeace – Pied de nez au Suroît: le Québec a du vent à revendre», communiqué de presse, 20 avril 2004.
- Briand, Naomie. «Parc éolien Le Nordais: faible productivité», Le Soleil, 9 mars 2004.

Aucun commentaire
Ajouter un commentaire »

Le Réseau de veille en tourisme vous invite à réagir à ses analyses en partageant des compléments d’information ou en échangeant vos idées et vos opinions. Veuillez toutefois noter que les commentaires présentant un ou plusieurs des éléments ci-dessous seront supprimés:

  • des propos diffamatoires ou irrespectueux;
  • de l’autopromotion ou des offres de produits et services;
  • toute information non liée au sujet de l’analyse.

Laisser une réponse = champs requis