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Analyses - 2 septembre 2004

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septembre 2004

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Les touristes chinois seront-ils la manne tant espérée?

Voilà, c’est parti: depuis le 1er septembre 2004, les touristes chinois voyageant en groupe organisé ont officiellement débarqué en France, à la suite de l’obtention de leur nouveau statut SDA (statut de destination autorisée). Mais cette manne annoncée est-elle réaliste quand seulement 6,1% des Chinois possèdent une carte de crédit et que la plupart ne peuvent payer les prix pratiqués en Europe?

Ce 1er septembre, en France, ils ont été chaleureusement accueillis par une délégation ministérielle: cocktail de bienvenue, visite de la tour Eiffel, du musée du Louvre, dîner-croisière sur la Seine, soirée-spectacle au Moulin-Rouge… Bref, on met le paquet et on joue le jeu de la séduction à fond.

Une manne incroyable… selon l’OMT

Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), environ 100 millions de touristes chinois vont parcourir le monde en 2020. Cela représente un potentiel considérable pour l’industrie touristique. (Lire aussi: Quand la Chine s’éveille).

On annonce rien de moins qu’une véritable «ruée vers l’or» pour le marché européen: les touristes internationaux devraient générer des revenus directs et indirects énormes (entreprises de transports, hébergement, restauration, mais également pour les magasins et centres commerciaux).

Un paradis hors de prix pour la plupart

Mais certains analystes semblent vouloir mettre un bémol à cette belle euphorie.

En effet, malgré une amélioration notoire due à de nombreuses mesures de contrôle macro-économique engagées par le gouvernement central, le niveau de vie des Chinois est nettement inférieur à celui des Occidentaux. Cette différence fait que l’Europe demeure hors de portée pour la grande majorité d’entre eux.

Dans les prochaines années, ceux-ci préféreront certainement continuer à voyager dans des pays asiatiques limitrophes (Singapour, la Malaisie, la Thaïlande et aussi vers l’Inde et le Népal, mais en nombre plus restreint) plutôt que vers des pays à économie forte comme la France, l’Allemagne, etc.

Selon certaines données du Bureau des Statistiques d’État (BSE), au premier semestre de 2004, le revenu moyen par habitant en zone urbaine s’élevait à 4815 yuans par mois (soit 600 $US). Le revenu moyen des habitants en zone rurale était de 1345 yuans (soit 160 $US).

Depuis les dernières années, la restructuration économique a fait des progrès manifestes qui ont donné lieu à des succès remarquables sur le plan social et économique. Les secteurs des hautes et nouvelles technologies, comme l’informatique et la biotechnologie, sont en plein essor.

Le niveau de vie augmente, mais il n’en reste pas moins que la Chine doit encore faire face, entre autres, à:

  • un taux de pauvreté considérablement élevé;
  • une croissance trop lente du revenu dans les zones rurales;
  • la fraude, le gaspillage et la corruption.

Ces dernières années, les mauvaises conditions de consommation ont eu tendance à freiner les dépenses des ménages chinois, qui sont choqués par le désordre du marché, la contrefaçon persistante, etc.

Certains analystes du Fonds monétaire international (FMI) estiment que, malgré un taux de croissance étourdissant (9,1% en 2003), la Chine n’est pas à l’abri d’un atterrissage brutal de son économie si elle n’arrive pas à «domestiquer son fort potentiel de croissance tout en maintenant un équilibre macroéconomique et en s’assurant un développement économique sain et généralisé».

Seulement 6,1% des Chinois possèdent une carte de crédit

Une récente enquête menée dans sept grandes villes chinoises (dont Beijing, Shanghai et Guangzhou) a démontré que seulement 6,1% des habitants possèdent une carte de crédit (ce qui fait un peu plus de 77 millions d’habitants, quand même). Ce bas taux d’adoption s’explique en partie par le fait que les habitudes de consommation du peuple chinois consistent à «vivre en fonction de leurs moyens». Un autre facteur déterminant est la complexité de la procédure à suivre pour l’obtention d’une carte de crédit.

L’enquête, effectuée conjointement par Horizon Research et Invest In Vision, a été réalisée sur un échantillon de 2210 résidants permanents.

On y apprend également que:

  • seuls 7% des détenteurs de cartes de crédit chinois préfèrent vivre au-dessus de leurs moyens, en empruntant de l’argent à la banque;
  • 52,2% des personnes interrogées détiennent des cartes de débit, tandis que 5% possèdent des «quasi» cartes de crédit, c’est-à-dire des cartes dont la limite de crédit est relativement basse.

Les choses commencent à changer graduellement. À la mi-septembre, Ctrip.com International a lancé en Chine la première carte de crédit de voyage. Destinée principalement aux voyageurs d’affaires, cette carte pourra être utilisée pour la réservation d’hôtels ou de billets d’avion, en Chine comme à l’étranger. Ctrip est l’un des principaux grossistes chinois et il cible principalement les voyageurs d’affaires et d’agrément qui ne voyagent pas en groupe.

Au Canada, toujours pas d’accord

Depuis notre dernier article (mars 2004), le gouvernement de la Chine n’a toujours pas accordé le statut de destination autorisée (SDA) au Canada.

Néanmoins, à compter du 1er janvier 2005, la Commission canadienne du tourisme (CCT) cessera toute activité dans plusieurs régions de l’Asie dont Taïwan, Hong Kong et l’Asie du Sud-Est. La raison invoquée par la CCT: elle désire concentrer ses activités dans les marchés qui présentent le meilleur potentiel de rendement sur le capital investi. Toutefois, reconnaissant le potentiel du marché chinois, la CCT a récemment nommé un directeur général pour le marché de la Chine, M. Derek Galpin.

Voir aussi

Internet à l’encre de Chine

Sources:
– Ordas, Anne-Claire. «Les premiers « vrais » touristes chinois posent le pied en France», La Croix, 1er septembre 2004, p. 10.
– Xinhuanet. «Seulement 6,1% des Chinois possèdent des cartes de crédit», 26 août 2004.
– Cambreleng, Boris. «L’Europe trop chère pour la majorité des Chinois», TourMag, 1er septembre 2004.
– Hiault, Richard. «La Chine n’est pas à l’abri d’un atterrissage brutal de son économie», Les Échos, no 19231, 27 août 2004, p. 7.
– CCT. «La CCT cible les marchés gagnants», 3 août 2004.
– Ctrip.com. «Ctrip Introduces China’s First Dual-Currency Travel Credit Card», 15 septembre 2004 [http://english.ctrip.com/ctripnews/ctripnews.asp?news=20040915].

 

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