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Analyses - 6 octobre 2004

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octobre 2004

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Le tourisme de groupe prend un air de jeunesse

Lorsqu’on parle des voyages organisés en autobus, soit le traditionnel «tour & travel», on pense tout de suite à la clientèle des retraités et des préretraités. Or, on constate une vague de rajeunissement: l’âge moyen des passagers approche davantage les 55 ans que l’âge de la retraite (65 ans). Grâce à la multiplication des circuits thématiques et des nouvelles destinations, les voyages nolisés en autocar connaissent un second souffle et intéressent une clientèle plus diversifiée.

Un secteur d’importance

L’étude sur l’industrie québécoise du transport par autocar nolisé réalisée en 2001 par la Chaire de Tourisme de l’UQAM a démontré l’importance de ce secteur pour le tourisme et l’économie du Québec. On estime que quelque 14% de l’ensemble des recettes touristiques du Québec sont attribuables au transport nolisé.

Précisons que le transport nolisé se définit comme un service occasionnel réservé au transport exclusif de groupes de personnes, comparativement au transport touristique qui représente un service de visites touristiques s’adressant au public en général. Les visites de ville appartiennent au transport touristique, alors que les circuits touristiques sur plusieurs jours organisés par les grossistes en voyages sont associés au transport nolisé.

À chacun son métier

Contrairement à ce que l’on retrouve en Europe, les autocaristes du Québec n’organisent habituellement pas les voyages. Ce travail revient à des grossistes, tel DMC Transat, qui planifient les circuits et s’occupent de trouver la clientèle. Certains agissent à titre d’agences réceptives et s’associent avec des tours-opérateurs (expéditifs). La plupart des autocaristes québécois se limitent à la portion transport de la relation d’affaires, en mettant à la disposition du client (grossiste) une flotte d’autocars et des conducteurs qualifiés.

En Europe, la structure du marché diffère sensiblement. De nombreux autocaristes ont opté pour la production et la distribution de voyages. Ces «car-opérateurs» agissent à titre de professionnels du voyage. En France, le marché de groupe représente un chiffre d’affaires annuel de 3 milliards d’euros.

Les baby-boomers au rendez-vous

On distingue deux grandes catégories au sein du marché des groupes, les individuels regroupés par des professionnels du voyage et les groupes constitués à l’avance. Ces derniers proviennent souvent de clubs, d’associations, de comités d’entreprises, etc.

L’arrivée en masse des baby-boomers (le tiers de la population canadienne), qui ont plus d’argent et de temps que tout autre segment de la population, change quelque peu la donne pour le tourisme de groupe. Ces derniers possèdent habituellement une excellente expérience des voyages, qu’ils ont pour la plupart acquise comme touristes individuels. Les boomers d’aujourd’hui (40 à 59 ans) recherchent autre chose que les voyages en autocar de type traditionnel. Ceux qui optent pour une formule de groupe s’attendent à un confort élevé, de même qu’à une atmosphère de groupe agréable.

Les itinéraires densément programmés à l’intérieur d’un long circuit ont de moins en moins la cote. Les baby-boomers recherchent davantage l’occasion de faire du tourisme autrement: expérimenter des circuits thématiques, vivre une immersion culturelle, disposer de suffisamment de temps libre, sans oublier la détente. En Europe, par exemple, on joue la carte de l’événement pour diversifier les produits offerts. On vend la feria de Séville, les marchés de Noël à Innsbruck, le carnaval de Nice, etc.

Les groupes d’affinité réunissant des personnes ayant un intérêt commun constituent également une clientèle intéressante. De telles communautés sont regroupées autour de thèmes comme la gastronomie, la muséologie, l’ornithologie, l’oenologie, les sports, etc., autant de passions qui peuvent faire l’objet de circuits thématiques pour des clientèles ciblées. Une étude de la Direction du tourisme en France confirme que les activités pratiquées par les groupes sont de plus en plus diversifiées alors que les thèmes de culture, de nature et de gastronomie sont les plus populaires (graphique 1).

Des attentes rehaussées

Plus que jamais, le professionnalisme des entreprises oeuvrant dans les circuits par autobus est de rigueur. On s’attend à un programme détaillé avant le départ et un itinéraire qui le respectera. Le guide, qui accompagnera habituellement le groupe depuis son lieu de constitution, joue un rôle de premier ordre, tout comme le conducteur à qui l’on demande polyvalence, courtoisie et patience.

Cela entraîne toutefois des coûts de formation importants pour les autocaristes. Selon un sondage effectué par la Florida International University auprès de 70 autocaristes nord-américains, 64% ont indiqué dispenser une formation aux employés pour le service à la clientèle. Plusieurs entreprises ont bien saisi l’importance de rehausser et de standardiser la formation aux conducteurs, ambassadeurs directs auprès de la clientèle.

Il n’y a pas que les attentes qui augmentent, il y a aussi la valeur des prestations. Alors que les circuits organisés tout inclus se limitaient essentiellement aux bas et moyen de gamme, une fenêtre sur le luxe s’ouvre progressivement. En 2004, Transat s’est lancé avec succès dans le haut de gamme avec une section «prestige» dont les tarifs oscillent entre 4000 et 5000$. 

La compétition s’intensifie alors que plusieurs nouvelles destinations s’ajoutent aux inventaires des grossistes. L’Europe de l’Est s’avère très prisée, maintenant que des pays comme la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie font partie des circuits européens les plus en demande.

Au Québec, la demande pour les voyages de groupe est là pour rester, mais les produits offerts doivent évoluer pour demeurer attrayants. Une diversification des formules proposées attirera de nouvelles clientèles, parfois moins intéressées par les circuits en autobus. L’intégration de composantes exclusives à l’intérieur du forfait, inaccessibles aux voyageurs individuels, peut également constituer un facteur incitatif important. Enfin, le développement de circuits thématiques peut aussi s’avérer une formule gagnante. Parmi les thèmes «porteurs» à commercialiser, mentionnons à titre d’exemple:

  • Les espaces festifs
  • Le fleuve et ses attributs
  • La route des vins et les saveurs de la campagne
  • Le Québec: histoire d’une nation et son patrimoine
  • La faune et les grands espaces du Québec

De plus, un renouvellement de la programmation des circuits améliorera le taux de fidélisation de la clientèle en favorisant les visites répétées. Une offre segmentée est également plus susceptible d’intéresser le touriste québécois individuel, traditionnellement peu enclin à opter pour les voyages en autobus.

Sources:
– Filliâtre, Pascale. «Le tourisme de groupe a encore de beaux jours», L’Écho Touristique, 7 mai 2004.
– Carter M., Cheryl et Jinlin Zhao. «A survey of customer service training for motor coach drivers in United States and Canada», e-Review of Tourism Research (eRTR), vol. 1, no 4, 2003.
– Desvignes, Claudine. «L’enjeu du tourisme en autocar, conquérir de nouvelles clientèles», Espaces, vol. 209, novembre 2003.
– Désiront, André. «Les baby-boomers se convertissent aux circuits en autocar», La Presse, Vacances Voyages, mercredi 10 mars 2004.
– Direction du Tourisme de France et C.O.C. Conseil/Daniel Picon. «Le tourisme de groupe, Synthèse des enquêtes réalisées en 2003 auprès des prescripteurs et des professionnels», décembre 2003.
– Chaspoul, Claudine. «Fram redessine sa gamme « tout autocar »», Espaces, vol. 209, novembre 2003.
– Chaire de Tourisme de l’UQAM. «Étude sur l’industrie québécoise du transport par autocar nolisé», 7 septembre 2001.

 

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