9 mars 2005

Commentaire du professeur Alain Grenier sur le texte «La neige et le froid polaire sont-ils bons vendeurs?»

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Alain A. Grenier, docteur en sociologie, est maître de conférence à l’Université de Laponie, à Rovaniemi, en Finlande. Il a effectué de nombreuses croisières polaires en Antarctique et en Haut-Arctique canadien et russe, soit à titre de guide-naturaliste, soit à titre de chercheur.

Cet article du 14 janvier 2005 offre un coup d’oeil général sur le tourisme «polaire» tel que pratiqué dans plusieurs coins du globe. Il m’apparaît cependant important d’y apporter quelques précisions.

D’une part, il est nécessaire de distinguer le «tourisme polaire» du «tourisme d’hiver» ou tourisme hivernal (lire à cet effet: The Nature of Nature Tourism, 2004: 79-81).  La distinction peut sommairement se faire selon que la motivation principale du touriste est d’ordre géographique (atteindre une région dite «polaire» comme l’Arctique ou l’Antarctique, définie soit selon le cercle polaire, la ligne des arbres ou la ligne de l’isotherme), soit que cette motivation est d’ordre climatique (faire l’expérience de la neige – et non du froid proprement dit, d’où le tourisme d’hiver).

À cela s’ajoute une différence importante quant aux infrastructures utilisées. Le tourisme d’hiver n’est généralement pas autonome et nécessite le soutien d’hôtels, comme pour les safaris en motoneige ou la participation à un carnaval d’hiver, par exemple - pensons à celui de Québec, aux hôtels de glace, etc. Le tourisme polaire, à l’opposé, parce que pratiqué en région normalement isolée, requiert une autonomie complète ou presque. Enfin, le tourisme polaire tend à se réaliser l’été, tandis que le tourisme d’hiver tire inévitablement avantage… de l’hiver.

Il importe aussi de préciser que si la demande pour les croisières «polaires» est effectivement à la hausse, il y a une saturation artificielle du marché causée par le nombre limité de vaisseaux polaires disponibles pour ce type d’activité (voir le même ouvrage mentionné plus haut pour un tableau complet des navires employés). C’est le cas notamment pour l’Antarctique. Dans le Haut-Arctique, seuls quelques navires répondent aux normes de navigation en mers polaires (les conditions de navigation y sont beaucoup plus problématiques, d’où la quasi nécessité d’affréter les rares brise-glace russes disponibles).

Le coût des croisières en Haut-Arctique, nettement plus élevé, fragmente davantage la demande et, de ce fait, limite pour l’instant l’expansion de l’industrie dans l’Hémisphère Nord. Cela dit, la Murmansk Shipping Company de Russie qui affrète certains de ses brise-glace (traditionnels et nucléaires) aux croisières polaires prévoit l’entrée en service de nouveaux navires d’ici la prochaine décennie avec des ponts spécialement conçus pour les touristes.

Finalement, il ne faut pas confondre le type de croisières offert en Alaska (dans la «péninsule») avec les croisières polaires. Dans le premier cas, il s’agit de croisières dites «traditionnelles», c’est-à-dire, un navire-attraction, avec salles de spectacles, piscine, etc. Dans le second cas, le milieu naturel constitue l’attraction vedette, le navire ne possédant aucune infrastructure pour la vie de luxe (pas de salle de spectacle, de restaurant ou de cafétéria, ni aucun code vestimentaire, pour ne mentionner que ces quelques différences). De là viennent l’association entre les notions d’aventure et d’exploration du tourisme de croisières polaires.

 

Alain Grenier, sociologue et professeur à l’École des science de la gestion de l’Université du Québec à Montréal
Champs d’expertise:

  • Tourisme polaire

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