Développement régional: les difficultés du tourisme en milieux nordiques – leçons de la Laponie finlandaise

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Alain A. Grenier, expert au Réseau de veille en tourisme, présente une réflexion sur le développement du tourisme en milieux nordiques. M. Grenier, anciennement maître de conférence à l’Université de Laponie à Rovaniemi, en Finlande, est maintenant professeur de tourisme de nature au Département d’études urbaines et touristiques (DEUT) de l’ESG-UQAM.

Le tourisme en milieux nordiques et polaires n’a jamais été aussi populaire. S’il connaît une percée fulgurante aux quatre coins du Nord circumpolaire depuis un peu plus d’une décennie – elle est encore modeste au Nouveau-Québec, tout comme en Sibérie nordique et en Extrême-Orient russe -, son développement connaît tout de même sa part d’obstacles et de défis. Au Québec, alors que certains Innu et pourvoyeurs non autochtones commencent à songer au potentiel touristique du Grand Nord québécois, en complément à la chasse, que pouvons-nous apprendre des expériences «d’outre-Nord»?

La Laponie finlandaise est l’une des destinations nordiques les plus populaires du monde circumpolaire. Dans cette province, la plus grande et la moins populeuse de Finlande (elle ne compte que 3,5% des 5 millions d’habitants du pays), l’économie chancelante repose principalement sur l’exploitation des ressources naturelles (foresterie, agriculture, et hydroélectricité). La Laponie se distingue cependant par son industrie du tourisme qui agit de plus en plus comme une locomotive économique et sociale pour la région.

Là-bas, le tourisme a connu des débuts modestes d’abord avec l’observation des aurores boréales (17e et 18e siècles). Mais c’est à la création de parcs nationaux (années 1930), au développement des routes (1920-1940), de l’équipement de plein air (randonnée et ski) ainsi qu’à une hausse des revenus et du temps libre que l’industrie moderne du tourisme doit son existence, en Laponie.

Aujourd’hui, le tourisme en Laponie finlandaise génère des revenus de l’ordre de 400 millions d’euros annuellement, fournissant un emploi direct à pas moins de 3800 travailleurs, ce qui représente approximativement 15% de tous les emplois en Laponie). Plus que toute autre région de la Finlande, la vitalité socioéconomique de la Laponie est intrinsèquement liée à l’industrie du tourisme. Pas surprenant que le Lapland Regional Council souhaite voir la demande annuelle de nuits s’accroître (2% sur le plan domestique et 4% en provenance de l’étranger) dans un avenir proche.

Trop et pas assez

Malgré les apparences, la success story finlandaise n’est pas parfaite. Plusieurs difficultés typiques aux régions nordiques ou périphériques freinent ou stoppent carrément le développement de l’industrie du tourisme dans le Grand Nord. Parmi les principales, on note la surpopularité de la Laponie et de sa capitale, Rovaniemi, résidence européenne du Père Noël (lire aussi: La neige et le froid polaire sont-ils bons vendeurs?), pendant la période des Fêtes (de la fin novembre à la mi-janvier). Forte de la promotion de Rovaniemi comme destination hivernale, la Laponie finlandaise est aujourd’hui victime de son propre succès. Pour plusieurs opérateurs, décembre constitue pas moins de la moitié du chiffre d’affaires annuel. Pas surprenant que cette pointe saisonnière engendre des conséquences sur l’ensemble de l’industrie le reste de l’année. Cette demande disproportionnelle engendre des surcoûts énormes pour trouver et former du personnel et pour maintenir du matériel qui n’est utilisé que trois semaines et que l’on doit éparpiller sur différents sites.

Défis et solutions de rechange

Aplanir les écarts de la demande entre la haute saison (période des Fêtes) et le reste de l’année constitue le défi principal de l’industrie du tourisme régional en Laponie. À cela s’ajoutent d’autres défis typiques du tourisme en régions nordiques et polaires, à savoir:
- la saturation rapide de certains sites en haute saison;
- les limites de capacité du transport aérien;
- le maintien d’infrastructures utilisées inégalement sur l’année;
- le haut taux de roulement du personnel et la formation constamment à refaire;
- la difficulté à développer un produit qui soit différent (les produits offerts dans les régions nordiques ou polaires sont généralement homogènes);
- la difficulté à vendre les bienfaits de l’hiver ou de l’été, selon les cas; ainsi que
- les changements climatiques, qui affectent surtout le tourisme d’hiver (lire aussi: L’influence des changements climatiques sur l’industrie touristique).

Pour contrer certaines de ces difficultés, la Laponie tente depuis quelques années de développer d’autres types de produits, dont le tourisme estival. Or l’été, c’est bien connu, les touristes recherchent ensoleillement et chaleur. Malgré son soleil de minuit, l’industrie du tourisme de Laponie a bien du mal à concurrencer les destinations méditerranéennes qui ont l’avantage d’être géographiquement plus proches des touristes européens (coûts de transport inférieurs) en plus d’être baignées davantage par la chaleur que ne l’est normalement le Nord de la Fennoscandie1.

Néanmoins, la Laponie ne démord pas. Au cours des deux dernières années, elle aura investi – grâce en grande partie à l’Union européenne – près de deux millions d’euros (approximativement 2,8 millions CAD) dans un projet de «tourisme du silence» qui vise à profiter des infrastructures et des services délaissés en basses saisons pour stimuler un tourisme de repos et de tranquillité en milieu naturel. Selon Jani Siivola, qui mène le projet d’étude, il n’y a pas meilleur endroit que le Nord pour trouver ce silence et être entouré de gens qui savent aborder cet espace.

Tandis qu’une campagne de promotion doit être lancée cet automne en Europe, la demande se manifeste déjà. À ce jour, ce sont les femmes de carrière en milieu urbain qui répondent le plus à l’appel. En effet, les femmes sont habituées à prendre soin d’elles tandis que les hommes en ont encore à apprendre en cette matière. M Siivola estime que la clientèle masculine aura davantage besoin d’activités, comme la randonnée en forêt ou en canot. Les premiers «touristes du silence» sont attendus en 2007.

Quant au décongestionnement des sites les plus populaires, les opérateurs se sont entendus pour construire des réseaux de services touristiques à partir des centres d’attractions les plus importants (la capitale et les centres de ski). Ces centres d’activités et d’hébergement agiront non seulement à titre de porte d’entrée, mais aussi à titre de lien entre les différentes parties du réseau. Ainsi, une fois sur place, le visiteur peut facilement être réorienté vers une section du réseau qui n’est pas engorgée.

Les opérateurs s’accordent aussi pour dire que si la concurrence est indispensable là comme ailleurs, les acteurs de l’industrie du tourisme en milieux nordiques et polaires doivent cependant collaborer étroitement puisque c’est le développement de l’ensemble de la destination qui est en jeu.

1Fennoscandie est le terme employé pour inclure la Finlande au nombre des pays scandinaves.

Sources :

- Pretes, Michael. «Santa Claus Tourism in Lapland», Articles on Experience, No 2, Lapland Centre of Expertise for the Experience Industry (LCEEI), University of Lapland Press, Rovaniemi, Finlande, pages 22-31.
- Regional Council of Lapland. «Lapland Tourism Strategy 2003-2006», Rovaniemi, Finlande. 
-Regional Council of Lapland. «Lapland in Figures», Rovaniemi, Finlande. 



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