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Analyses - 7 avril 2008

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avril 2008

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Découvrir la ville pas à pas

Quelle est la meilleure façon de découvrir une ville? Tout le monde s’entend, c’est à pied. Et les villes les plus agréables à visiter sont souvent celles dont les aménagements urbains favorisent la marche. Pour apprécier l’architecture, le patrimoine bâti, pour entrer spontanément dans une boutique, une galerie d’art, un musée, un café, pour s’asseoir à une terrasse, pour voir, écouter et rencontrer les «locaux», pour s’imprégner de l’âme des lieux, il faut marcher.

Les changements climatiques nous forcent à revoir la place de l’automobile dans nos vies et dans nos villes et impliquent une remise en question de l’aménagement urbain. Autrefois planifiée en fonction de l’automobile, la rue est revue en fonction des différents modes de déplacement, mais aussi comme lieu de rencontres, d’échanges, de vie. Rappelons-nous qu’une ville vivante, grisante par l’énergie de ceux qui l’habitent, s’avère souvent un préalable à l’émergence et au maintien d’une destination touristique convoitée.

Le nouvel urbanisme

Dans la lignée du développement durable s’inscrit le «nouvel urbanisme» – nouveau depuis plus d’une dizaine d’années, voire une vingtaine, selon les sources. Ce courant, créé en réaction aux développements qui privilégient les déplacements en voiture et les aménagements déployés sur de grands territoires, cherche à «réhumaniser» l’espace urbain. Les principes de base du nouvel urbanisme s’articulent autour des éléments suivants:

  • accessibilité et aménagements qui favorisent les déplacements à pied,
  • mixité et diversité des usages et des résidants,
  • densités augmentées,
  • diversité de l’habitation,
  • structure traditionnelle – un centre bien distinctif, plus dense, avec une place publique, l’intégration judicieuse de l’art public, la variété d’usages, de commerces et de services de proximité facilement accessibles à pied, etc.,
  • qualité de l’architecture et du design urbain,
  • réseau de transport intelligent,
  • développement urbain durable,
  • développement social inclusif,
  • qualité de vie.

La piétonnisation

Pour rendre les rues plus agréables aux piétons, aux «locaux» et aux visiteurs, de nombreux élus municipaux envisagent la piétonnisation provisoire de certaines avenues. L’idée peut sembler séduisante. De nombreuses rues piétonnes sillonnent les villes européennes. Souvent étroites, parfois tortueuses, bordées de bâtiments riches en histoire et abritant commerces, terrasses et restaurants très fréquentés, ces rues font la joie des touristes. Outre les piétonnisations temporaires pour la durée d’un festival ou d’un événement ponctuel, Montréal souhaite voir certaines sections de ses rues fermées à la circulation automobile pour des périodes prolongées, comme ce sera le cas d’un tronçon de la rue Sainte-Catherine Est, dans le quartier gai, dès l’été 2008. D’autres rues de la ville pourraient, éventuellement, être en partie transformées en voies piétonnes. Parmi les projets à l’étude:

  • rue Saint-Paul, dans le Vieux-Montréal (entre la rue du marché Bonsecours et le boulevard Saint-Laurent),
  • rue Gilford, sur le Plateau Mont-Royal (entre la rue Saint-Denis et la station de métro Laurier),
  • rue Duluth, sur le Plateau Mont-Royal (entre le parc Jeanne-Mance et le parc La Fontaine),
  • projets de zones piétonnes dans le réaménagement du quartier Griffintown.

Les zones de rencontres

Mais, pour encourager la fréquentation piétonnière de la rue, il existe d’autres solutions moins radicales. La création de zones de rencontres, mieux connues sous le vocable de shared spaces*, semble être une avenue très convoitée pour y arriver. Le principe consiste à mieux aménager l’espace public pour favoriser une cohabitation respectueuse entre automobilistes, cyclistes et piétons. Et le concept est plutôt audacieux. Il s’appuie sur une meilleure communication entre les individus et une vigilance stimulée par l’environnement immédiat. Les façons de procéder impliquent généralement une réduction significative de la limite de vitesse, le retrait des feux de circulation et des arrêts obligatoires et, dans certains cas, le recours à des revêtements de pavés colorés. Cette approche a été expérimentée dans de nombreuses villes européennes, dont Drachen au Pays-Bas, Londres, Barcelone, Nice, ainsi que dans quelques villes nord-américaines comme West Palm Beach en Floride. Les répercussions sont positives: moins d’accidents, surtout entre autos et piétons, une circulation toujours fluide, une cohabitation beaucoup plus harmonieuse puisque, étant donné l’obligation de partager la voie, les gens sont plus vigilants. En outre, la réduction de la vitesse permet un contact des yeux et inciterait à communiquer ses intentions; cette façon de circuler renforcerait l’esprit de communauté.

Quelques exemples

La célèbre intersection Seven Dials, à Londres, a subi des transformations selon le principe des zones de rencontres; son aménagement incite les piétons à s’y déplacer aisément et les automobilistes à y rouler lentement. Les exemples de High Street Kensington, toujours à Londres, de Lyngby au Pays-Bas et de Bilbao en Espagne – voir les photos ci-dessous – illustrent bien le concept.

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D’autres exemples d’aménagements favorisant une meilleure cohabitation

New York City Streets Renaissance, coalition de groupes qui proviennent de divers milieux, fait campagne pour une meilleure planification de l’espace public. Ce regroupement scrute les concepts développés ailleurs et élabore des projets qui valorisent la fréquentation de la rue par les cyclistes et les piétons et restreignent la circulation automobile. Voici quelques idées imaginées par cette association: Réaménager Astor Place et en faire une destination pour les piétons.

 

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Pour favoriser une fréquentation accrue des commerces et des restaurants d’une section de West Broadway, NYC Streets redessine une intersection de la célèbre avenue.

 

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Plus fréquentée par les piétons que les automobilistes, la rue Grand Street se voit dotée d’un large trottoir.

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Favoriser des expériences urbaines authentiques

Pour créer des milieux de vie de qualité, il faut revoir nos façons d’aménager la ville en favorisant un meilleur partage de ses lieux et faire de la rue un espace de vie où transpire la culture locale. En marchant dans la ville, un nombre grandissant de visiteurs cherchent à capter l’essence de cette dernière. Outre la visite des principales attractions, le tourisme urbain consiste surtout à explorer un autre milieu de vie, une autre façon de vivre et de saisir une portion de cette énergie propre à chacune des villes.

* Le concept de shared spaces a été mis de l’avant par un groupe d’experts dirigé par Hans Monderman, leader de ce modèle d’aménagement.

Sources: – Champagne, Sarah. «Piétonnisation dans le Vieux-Montréal», La Presse, 12 mars 2008.
– Clément, Éric. «Projets de rues piétonnes dans cinq arrondissements», La Presse, 12 mars 2008.
– Millonig, Alexandra et Katja Schechtner. «City Tourism – Pedestrian Orientation Behaviour», Walk21-VII, «The Next Steps», The 7th International Conference on Walking and Liveable Communities», octobre 2006.
– Montgomery, Charles. «La ville du bonheur. Sous les pavés, la plage! De Paris à Bogotá, les villes sont repensées dans un seul but: assurer votre bien-être», enRoute, février 2008.
– White, Ted. Sans titre, [http://www.urbanitebaltimore.com], no 39, septembre 2007.

Sites Internet: Congress of New Urbanism
Hamilton-Baillie Associates
New Urbanism
NYC Streets Renaissance
Shared Spaces