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Analyses - 10 mars 2009

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mars 2009

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La question qui tue: «Offrez-vous une expérience authentique?»

On l’emploie à toutes les sauces. Sa signification varie d’un visiteur à l’autre, d’une entreprise à l’autre… C’est une tendance indéniable: l’authenticité. Après des décennies de mise en scène et de coups d’éclat, l’effet «wow», tant recherché, se trouve maintenant ailleurs pour de nombreux touristes. On observe un retour aux valeurs plus traditionnelles et à des remises en question quant à la société de consommation, surtout dans le contexte économique actuel. Or, qu’est-ce qu’une expérience authentique?

Un concept interprété de mille et une façons

Selon Le nouveau Petit Robert, on qualifie d’authentique «ce qui exprime une vérité profonde (…) et non des habitudes superficielles, des conventions». C’est en effet ce que recherche un nombre grandissant de voyageurs: des expériences vraies qui représentent véritablement les lieux, ce qui s’y passe, ce que les gens y font dans la «vraie vie», plutôt que de suivre les circuits touristiques qui regroupent les sites fréquentés presque exclusivement par les touristes. L’idée est d’entrer en contact avec le lieu par le biais de produits purs, «non contaminés» par le tourisme de masse.

Une étude publiée dans Tourism Management sur le tourisme authentique présente les tendances et les aspirations des consommateurs qui permettent d’expliquer cette quête, en voici quelques-unes:

  • ouverture sur le monde;
  • consommation éthique et volontarisme;
  • consommateur bien nanti et économie d’expérience;
  • consommateur éduqué;
  • individualisme;
  • multiculturalisme.

L’auteur et futurologue Ian Yeoman estime que dans le terme authentique, on doit voir les qualificatifs suivants:

  • Éthique. L’authenticité est fondée sur des principes de participation de la communauté, de développement durable et de consommation éthique.
  • Naturel. Le tourisme devrait être un phénomène naturel et pur. Les produits touristiques «naturels» sont ceux étant le plus intimement liés à la destination et à ses caractéristiques intrinsèques.
  • Honnête. Ne pas promettre ce qu’on ne peut livrer ou faire croire qu’il s’agit d’un produit authentique alors que ce n’est pas le cas.
  • Simple. Une expérience authentique doit être simple pour être crédible.
  • Beau. Une destination authentique possède une beauté qui lui est unique, qu’il s’agisse d’un paysage magnifique ou d’un moment qui ne peut être vécu ailleurs ou copié parce qu’il appartient au lieu où il se produit.
  • Enraciné. L’authenticité fait référence à un certain passé – lointain comme moins lointain –  enraciné dans la destination.
  • Humain. Une expérience authentique doit être humaine, vivante, orientée vers les gens, favorisant les contacts vrais avec la population locale.

Les composantes proposées par Yeoman correspondent à sa vision de l’authenticité. Mais il est très difficile de s’entendre sur ce concept. Certains auteurs estiment que l’authenticité doit évoquer le folklore ou encore se vivre en milieu naturel éloigné, voire isolé, sur des terres presque vierges. Pourtant, des expériences authentiques peuvent très bien se dérouler en milieu urbain, au cœur de la population locale, dans un restaurant de quartier ou à une partie de hockey! La beauté fait-elle toujours partie de l’expérience authentique? Un groupe de quatre touristes déambulant dans un bidonville qualifieront-ils le lieu de beau? Il s’agit toutefois d’une expérience authentique. Les interprétations sont nombreuses, et les nuances, presque sans fin.

Le rôle de l’éducation et du bagage culturel du voyageur

En fait, il existe probablement autant de définitions que d’individus. L’interprétation du concept  d’authenticité dépend généralement de l’éducation du voyageur et de son bagage culturel. Un individu bien informé sur la destination saura davantage faire la distinction entre une expérience authentique et une autre qui l’est moins. Un Français suffisamment renseigné, par exemple, sait que les Québécois n’ont pas l’habitude de pratiquer la promenade en traîneau à chiens. Bien qu’il s’agisse d’un mode de déplacement traditionnel chez les Inuits, cette pratique s’est essentiellement développée dans le sud du Québec pour le plaisir des touristes.

Le tourisme et l’authenticité: un paradoxe?

L’industrie touristique est une représentation, une mise en scène, et cela, depuis fort longtemps. Les produits sont conçus puis commercialisés pour les touristes, de façon à correspondre aux besoins et aux attentes d’un grand nombre de personnes. En réponse à cette demande d’authenticité, l’industrie joue cette carte allègrement. Le concept est tellement flou qu’il prend la forme qu’on lui donne.

Et concrètement?

Si l’authenticité signifie par exemple visiter des lieux particuliers qui sont fréquentés par la population locale, qui ont une valeur et une signification pour celle-ci et qui ne sont pas envahis par des hordes de touristes, de nombreux produits ont vu le jour dans le but de répondre à cette demande. Les visites de quartiers ou thématiques comme les marchés publics de la ville s’inscrivent bien dans ce concept. «See the Paris tourists never see», slogan de la petite entreprise de visites guidées par Richard Nahem, évoque autant cette idée d’authenticité (lire aussi: Les visites guidées revues et améliorées). La série de guides de restaurants des villes américaines «Where the locals eat» suggère également des expériences plus «authentiques» ou se rapprochant de la vraie vie. La descente d’une rivière du Québec en canot ou la découverte du mode de vie des Inuits au Nunavik ouvre aussi la porte à des expériences authentiques en favorisant un véritable contact avec une nature vierge ou une communauté autochtone.

Dans le contexte du géotourisme, l’authenticité prend tout son sens

Le type de tourisme se rapprochant le plus du concept de l’authenticité est probablement le géotourisme, appellation créée par la National Geographic Society (lire aussi: Vous avez dit «géotourisme»?). En effet, il s’agit d’un tourisme qui soutient et met en valeur le caractère géographique d’un lieu, son environnement, sa culture, son esthétisme, son patrimoine et le bien-être de ses habitants. L’une de ses composantes consiste d’ailleurs à encourager l’intégrité et l’originalité du lieu. Ce sont ainsi les principes du développement durable qui s’appliquent. La capacité à respecter l’authenticité d’un lieu deviendra sans doute un critère de réussite dans le développement de produits touristiques durables.

Somme toute, c’est le touriste avec son bagage culturel qui reste juge de son expérience…

Lire aussi: Les touristes à la recherche d’authenticité, mais que veulent-ils au juste?

Sources:
– Deglise, Fabien. «Êtes-vous authentiques?», Le Devoir, 30 septembre 2007.
– Delisle, Marie-Andrée. «À propos de l’authenticité d’une destination», E-Nouvelles, vol. 6, no 1.
– Ruiz, Rebecca. «How Authentic Is Your Vacation?», Forbes, 18 juin 2008.
– Yeoman, Ian, Danna Brass et Una McMahon-Beattie. «Current issue in tourism: The authentic tourist», – Tourism Management, no 28, 2007.
– Yeoman, Ian. «The Authentic Tourist», 4 aout 2008, [www.hospitalitynet.org], page consultée le 6 janvier 2008.

 

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