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Compte-rendu de conférence - 29 mars 2011

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mars 2011

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Déterminer le seuil de rentabilité d’un projet: le cas du sentier culturel d’Indianapolis

Depuis quelques années, la ville d’Indianapolis cherche à se positionner comme destination touristique culturelle. L’une des stratégies pour y parvenir consiste à aménager un nouveau sentier culturel d’une douzaine de kilomètres traversant le centre-ville. Lors de l’Athens Tourism Symposium, le professeur Sotiris Hji-Avgoustis a présenté une analyse coûts-bénéfices du projet afin de déterminer l’achalandage additionnel requis pour le considérer comme économiquement viable.

Source: Indianapolis Cultural Trail

On projette de construire un sentier de classe mondiale permettant aux cyclistes et aux piétons de circuler entre les six quartiers d’Indianapolis reconnus pour leur richesse culturelle. Le circuit permettra aux utilisateurs d’accéder directement aux principaux attraits artistiques, patrimoniaux, culturels et de divertissements du centre-ville. Cette voie verte offrira aussi aux visiteurs différents services d’hébergement et de restauration.

Source: Indianapolis Cultural Trail

Le budget global du projet est de 50 millions USD, incluant 5 millions USD de frais de maintenance. Le financement s’appuie principalement sur des contributions (35 millions USD) et des fonds fédéraux liés aux transports (15 millions USD). Au moment où l’on avalisait le projet, il manquait 8 millions USD au montage financier. Dans un contexte de récession économique, l’opinion publique s’est montrée extrêmement sensible à la pertinence d’engager de telles sommes, particulièrement en raison de doutes concernant la viabilité financière du projet. Les résidents trouvent l’idée bonne, mais ils se demandent si l’on parviendra réellement à créer des emplois durables…

Source: Indianapolis Cultural Trail

Hypothèses de départ

Le professeur Sotiris Hji-Avgoustis de l’Université Purdue d’Indianapolis s’est intéressé à la question en effectuant une analyse coûts-bénéfices du sentier culturel. Il a voulu connaître les effets réels de ce projet en matière de création d’emplois, de développement touristique et surtout de retombée économique générée par les utilisateurs du sentier. Le modèle d’analyse ne tient compte que des coûts et des bénéfices associés à Indianapolis et à ses résidents. L’étude porte sur une période de 30 ans, puisqu’on suppose qu’il s’agit de la durée de vie minimale du sentier.

Voici quelques hypothèses de départ qui ont servi à établir le modèle d’analyse:

  • la période de construction s’échelonne de 2007 à 2012 et crée annuellement 200 nouveaux emplois;
  • le nombre d’utilisateurs généré par le sentier culturel sera similaire à celui du sentier Monon, un projet majeur semblable terminé en 1999 et qui traverse la ville d’Indianapolis;
  • les dépenses des utilisateurs du sentier demeureront stables au cours des 30 prochaines années;
  • les dépenses des utilisateurs du sentier sont estimées à partir des dépenses moyennes de l’ensemble des visiteurs de la ville d’Indianapolis, soit environ 30 USD par visite.

M. Hji-Avgoustis a déterminé le niveau de rentabilité de l’investissement en s’appuyant sur une étude portant sur le comportement d’utilisation du sentier Monon. Un comptage précis effectué en septembre 2000 indiquait un relevé de plus de 55 000 «passages». On a déterminé que deux «passages» sur le sentier se traduisaient en moyenne par une utilisation unique. On estime que neuf personnes sur dix empruntent et quittent le sentier au même endroit. En se basant sur ces hypothèses, on suppose que le volume mensuel de visiteurs du futur sentier culturel sera de 28 000 visites uniques, soit un achalandage équivalent à celui du sentier Monon.

Évaluation des coûts et des bénéfices

Une large part du budget sera consacrée à la démolition des bâtiments et des espaces de stationnement. Le reste servira notamment aux études et aux plans d’urbanisme, à l’aménagement du territoire, à l’amélioration des infrastructures et à couvrir tous les frais administratifs.

On s’attend à ce que le sentier culturel ait de nombreuses retombées positives. En plus des 200 emplois directs liés au secteur de la construction, le projet a énormément suscité l’intérêt d’investisseurs privés, qui ont proposé de nouveaux projets le long du parcours.

Source: Indianapolis Cultural Trail

La contribution la plus attendue demeure néanmoins l’arrivée d’un second souffle sur le plan touristique. En se basant sur des projets comparables, M. Hji-Avgoustis anticipe des revenus annuels de 93 000 USD provenant des visiteurs qui ne viendraient pas sans l’existence du sentier. En plus des retombées économiques, les bénéfices découlant des améliorations structurantes sont indéniables pour le milieu (renouvellement des infrastructures, des routes, des intersections et des égouts, systèmes d’éclairage, aménagement, ajout d’espaces verts, etc.). Pour les citoyens, il s’agit d’une occasion de profiter d’une revitalisation urbaine procurant une meilleure utilisation du territoire et une appréciation de la valeur marchande des terrains avoisinants.

L’étude s’est aussi intéressée à l’impact social, particulièrement sur le plan de la cohabitation entre les résidents et les visiteurs. Un sondage réalisé auprès de personnes habitant près d’un parcours similaire indique qu’environ 90% d’entre elles considèrent que ce service a eu un effet positif ou neutre sur leur qualité de vie et la valeur de leur propriété.

Rentable ou non?

Pour les autorités locales responsables, la principale difficulté réside dans l’évaluation juste des retombées touristiques. C’est pourquoi le modèle prévisionnel privilégié s’intéresse d’abord à l’achalandage nécessaire pour que le projet soit viable. En d’autres mots, combien de visiteurs le sentier culturel doit-il attirer au cours des 30 prochaines années afin que la Ville parvienne à équilibrer son budget?

Échelonné sur 30 ans, l’investissement de 50 millions USD se traduirait par une perte nette de 37,5 millions USD si le sentier n’engendre aucune contribution touristique additionnelle. En se fiant aux hypothèses établies précédemment, on atteindrait le point d’équilibre financier si le sentier attire quatre millions de nouveaux visiteurs en 30 ans, soit environ 11 000 personnes chaque mois. Cet objectif est sensiblement moins élevé que celui (28 000) avancé au départ.

Au-delà des estimations financières, l’objectif principal de la ville d’Indianapolis en est un de positionnement touristique. Les autorités municipales devront avant tout bien informer la communauté quant à l’importance du projet et à la place qu’il occupe dans la stratégie de marketing touristique de la ville d’Indianapolis. Pour M. Hji-Avgoustis, le succès du sentier culturel repose d’abord sur la capacité d’en faire un pôle d’attraction touristique, contribuant ainsi à rehausser l’image de la ville comme destination urbaine.

Source:

– Hji-Avgoustis, Sotiris. «The Cultural Trail, Indianapolis’ New Impetus for a Successful Cultural Tourism Initiative», présentation lors de Athens Tourism Symposium, 3 février 2011.

 

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