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Analyses - 20 avril 2011

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avril 2011

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L’écotourisme, de la théorie à la pratique

Une réflexion sur l’élaboration de nouvelles stratégies de développement touristique mieux adaptées aux milieux et aux sociétés d’accueil s’impose, comme en témoignent les cas suivants (et plusieurs autres) présentés dans le livre L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux. Entre conservation, participation et marché. Apprendre des échecs, s’inspirer des bonnes pratiques… pays différents, mêmes enjeux.

Le rôle traditionnel de la population dans le tourisme de masse se résume bien souvent à une simple présence exotique. Lors de la mise en place de projets écotouristiques, un consensus semble se former autour de l’importance des démarches participatives. Faire converger les multiples intérêts des différents acteurs vers un projet rassembleur et construire de véritables rapports équitables avec la communauté locale constituent des enjeux de taille.

Parc national du Mont-Orford au Québec

Christiane Gagnon, professeure au Département des sciences humaines de l’Université du Québec à Chicoutimi et codirectrice du Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT).

Nathalie Lahaye, maître de conférences à l’Université de Toulouse, Institut universitaire de technologie de Tarbes en France.

L’adoption d’une loi controversée modifiant les limites et les fonctions du Parc national – dans le but de rentabiliser le centre de ski et le terrain de golf par la construction de condominiums et de logements luxueux – illustre la dialectique entre conservation de l’environnement et activités économiques rentables.

Ayant occupé l’actualité pendant près d’une décennie, la saga du Mont-Orford révèle les liens et les sources de conflits entre acteurs, communautés locales, fonctions, développement touristique et aménagement régional. Si l’écotourisme peut être, en théorie, considéré comme une des réponses à la pression touristique qui s’exerce dans un espace protégé et autour de celui-ci, ce mode de valorisation environnementale et économique n’apporte pas toujours les résultats attendus.

On a pu constater la difficulté des parties prenantes à s’accorder sur la valeur des ressources environnementales et des fonctions sociales. La nature très souvent conflictuelle du processus de valorisation d’un territoire – divergences d’intérêts, de valeurs et de représentations entre les acteurs territoriaux, d’une part, et entre l’État et ces acteurs, d’autre part – mène le processus de coordination à un état d’enlisement et de polarisation du conflit et freine la mise en œuvre de solutions écotouristiques innovantes.

L’intégration des communautés locales dans le processus de décision et de gestion du projet constitue un facteur clé qui facilite l’application des principes vertueux de l’écotourisme. La gouvernance participative fait consensus, mais concernant les questions de conservation, on hésite entre la concertation, la consultation, l’arbitrage et la régulation autoritaire.

Lire le cas détaillé du Mont-Orford.

Projet écotouristique Taonaba en Guadeloupe

Nathalie Lahaye, maître de conférences à l’université de Toulouse, Institut universitaire de technologie de Tarbes en France.

Les objectifs socioéconomiques de l’écotourisme ne seront atteints que si les communautés hôtes ont la possibilité de participer activement à la réalisation des projets, de décider et ainsi de contribuer à leur propre développement.

Lancé en 1997, le projet Taonaba consiste à créer une plateforme écotouristique en milieu rural, par une mise en valeur des milieux humides et de la plaine agricole environnante. Après dix ans, le projet stagne car il a été élaboré en dehors de toute interaction avec la population qui, pourtant, vit sur le domaine, y développe une activité agricole et l’utilise à des fins récréatives. Le modèle de gestion adopté par la Ville pour ce projet a reposé pendant de nombreuses années sur la centralité du planificateur, négligeant ainsi toute participation de la communauté hôte. Un sentiment d’éviction et de dépossession, d’un espace vécu et approprié, se développe peu à peu. Des actes de vandalisme et des vols se produisent sur le site. La population ironise sur le projet, qui ne semble pas aboutir, et s’oppose à la poursuite des travaux destinés à l’aménagement des abords du canal.

Face aux échecs de la démarche initiale, la Ville donne une nouvelle impulsion au projet en 2007. Elle reconnaît que la population devrait être impliquée de façon systématique dans la planification, le développement et l’exploitation des activités. S’ensuivent la nomination d’un nouveau responsable du projet, la création d’un comité de pilotage, la tenue de réunions publiques et de discussions autour de l’avenir du projet, la réalisation d’un diagnostic territorial visant à connaître la communauté locale et à identifier les futurs interlocuteurs, l’organisation d’un séminaire de redynamisation du projet autour des thèmes environnemental, touristique et économique, etc.

Trois conditions s’avèrent essentielles pour une participation significative:

  • L’engagement de la communauté – elle doit être déterminée à s’exprimer, à participer et à décider.
  • Une volonté politique de partage du pouvoir décisionnel entre l’État, les collectivités territoriales et les citoyens à toutes les étapes du projet et d’accompagnement de la démarche.
  • Une organisation en réseau – la communication est l’instrument privilégié de cette approche, d’où l’importance de se doter d’une structure qui favorise la coordination des actions, un système d’information efficace et la réunion de compétences diverses.

Un tel processus réclame du temps, de la volonté et de l’organisation. C’est pourquoi le cheminement vers une participation authentique et fonctionnelle commence lentement. Toutefois, les acteurs du projet perçoivent de plus en plus le besoin d’une telle démarche pour garantir l’aboutissement et le succès du projet écotouristique, respectant leurs valeurs et leur culture.

Observation des tortues marines à Trinité-et-Tobago

Dominique Augier, université des Antilles et de la Guyane.

Matura Beach est mondialement reconnu comme un site de nidification des tortues luths. Le développement de l’expérience écotouristique vise à assurer la conservation des tortues marines et à générer des retombées pour la communauté locale avoisinante. Cependant, la protection des lieux cause une inquiétude dans la population quant à la perte de revenus – la viande, les œufs et les carapaces constituent une source de revenus non négligeables – et à la jouissance des lieux pour leurs loisirs. En outre, il s’avère impossible de protéger les sept milles de plage sans la participation des membres du village.

La formation du groupe Nature Seekers en 1990 est issue d’une série de rencontres menées par la Division des forêts pour sensibiliser la communauté à l’importance de l’environnement naturel. Ce groupe, composé des membres de la communauté et soutenu par le gouvernement, a permis de contrer le braconnage en intégrant les anciens braconniers à titre de guides touristiques.

Au fil des années, la structure de gouvernance a évolué et Nature Seekers a diversifié ses activités touristiques en lien avec ses nouvelles missions, notamment la protection et la valorisation des forêts. Cette association à but non lucratif œuvre aujourd’hui dans trois domaines d’intervention: conservation et protection des ressources marines et forestières, appui à l’entrepreneuriat et développement social et communautaire. En 2008, l’équipe était constituée de 38 personnes.

L’État a pour rôle de définir les sanctions et les règles, d’aider à l’application de ces dernières et de fournir l’assistance technique permettant à la communauté d’acquérir les compétences et les connaissances nécessaires à la mise en œuvre de l’activité écotouristique. Il n’existe pas d’accord de gestion entre l’État et la communauté; les deux partis ont plutôt opté pour une gestion adaptative, qu’ils revoient chaque année. Des organisations non gouvernementales assurent une partie de son financement et l’aident à développer des programmes scientifiques.

Ce cas démontre que la réussite d’un projet écotouristique dépend de l’adhésion de la collectivité et que les méthodes communautaires sont plus susceptibles de conduire à un changement que la menace de sanctions.

Selon Christiane Gagnon, faire de l’écotourisme un créneau, dégageant des profits pour ses exploitants, en conjuguant la conservation de l’environnement avec la satisfaction des usagers et des écotouristes, tout en poursuivant des objectifs de développement territorial viable pour les populations locales, constitue l’enjeu même de l’écotourisme.

Source:

– Gagnon, Christiane et al. «L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux. Entre conservation, participation et marché», sous la direction de Christiane Gagnon, Presses de l’Université du Québec, collection «Tourisme», Québec, 2010, 259 p.

 

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