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Compte-rendu de conférence - 25 mai 2011

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mai 2011

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Gestion, Tourisme durable,

Des pratiques et des modèles d’affaires touristiques durables

Les hauts dirigeants en tourisme qui étaient présents à la dernière conférence du World Tourism Forum à Lucerne arrivent à la même conclusion: la pérennité de l’industrie passe par des pratiques et des modèles d’affaires durables. Les initiatives des entreprises touristiques prennent la forme de politiques internes, de partenariats ou de projets novateurs. Certains professionnels de l’industrie voient déjà au-delà du triple résultat (sur les plans économique, social et environnemental) pour y rattacher la notion d’engagement à l’égard de la marque. Voici quelques témoignages de différents secteurs d’activité.

Des programmes internes qui font la différence

Pionnier, le Paradise Bay Resort and Spa se distingue par un programme durable unique en son genre dans les Caraïbes. Pour garantir un séjour «vert» à ses hôtes, le resort a installé un moulin à vent qui permet de répondre à une très grande partie des besoins énergétiques de la propriété. Le centre de villégiature compense également les émissions de carbone des vols, du transport local ainsi que des activités des clients par le recours à des énergies renouvelables. En plus d’être alimenté en partie par de l’énergie éolienne, l’établissement utilise l’énergie solaire et cultive son propre potager biologique.

Des nouveaux partenariats fleurissent

Selon Intergovernmental Panel on Climate Change, les émissions de CO2 causées par les déplacements aériens sont plus dommageables que celles provoquées par les activités terrestres à cause des polluants rejetés dans l’atmosphère supérieure, entraînant deux à quatre fois plus de dégâts.

Conscientes de ce défi, quelques compagnies aériennes testent des solutions énergétiques plus durables. Ainsi, British Airways, qui prévoit utiliser les biocarburants pour alimenter une partie de sa flotte à partir de 2014, s’est alliée à Solena Group, une firme spécialisée en bioénergie et basée à Washington DC. Les deux partenaires construisent une usine pour convertir une grande variété de déchets destinés à l’enfouissement en biocarburant pour les avions. À la fin de son implémentation, l’usine permettra de convertir 500 000 tonnes de déchets par an en 16 millions de gallons de biocarburants. Selon British Airways, ce volume dépasse le double de la quantité nécessaire pour rendre tous ses vols, via l’aéroport de Londres, neutres en émissions de carbone. Ce partenariat unique avec Solena ouvrira la voie à la réalisation de l’ambitieux objectif de British Airways: réduire ses émissions de carbone de 50% d’ici 2050. De plus, cette initiative permettra à la Ville et à l’aéroport de Londres de diminuer considérablement leurs coûts de gestion et d’enfouissement des déchets urbains.

Solena travaille sur un projet similaire avec la compagnie aérienne australienne Qantas.

L’hôtellerie aussi a développé des partenariats salutaires. Dans le cadre de sa stratégie visant à réduire les émissions de carbone, Marriott International a signé un accord de l’ordre de 2 millions de dollars américains avec l’État brésilien Amazonas afin de protéger et de préserver 1,4 million d’acres de forêt tropicale en voie de disparition en Amazonie. La zone porte le nom de The Juma Sustainable Development Reserve.

La préservation des forêts tropicales est une pierre angulaire de la stratégie environnementale de Marriott, qui permet aussi à ses clients de contribuer au fond Juma pour compenser volontairement les émissions causées par leur séjour à l’hôtel.

Des modèles d’affaires novateurs

Certaines entreprises sortent de l’ordinaire dans le but de sensibiliser les consommateurs et d’établir de nouvelles façons de faire. C’est le cas des restaurants végétariens Otarian situés à Londres et à New York, qui sont les premiers établissements à mesurer l’empreinte écologique de chaque élément de leur menu. L’objectif principal de cette démarche est d’encourager les clients à réfléchir sur les répercussions de leurs choix alimentaires et de comprendre les avantages environnementaux de la réduction de la consommation de viande.

La compagnie Sustain, qui a mesuré l’empreinte écologique des aliments, a tenu compte de chaque étape du cycle de vie des produits, incluant l’approvisionnement des matières premières, la fabrication, l’emballage, le transport, la cuisine et l’élimination du produit.

Toujours dans le but de créer une plus value pour le voyageur, un nouveau genre d’entreprises touristiques voit le jour. Tel est le cas de moteurs de recherche comme Carbon Friendly Flight qui permettent aux voyageurs d’effectuer des recherches de vols selon leur impact environnemental, entre autres.

Source: Globaltravelmarket

En 2009, l’outil a enregistré environ 10 000 recherches; 57% des visiteurs ont sélectionné l’option de vol la plus verte même si son prix était en moyenne plus élevé de 19%.

De son côté, Gap Adventures, un tour-opérateur canadien qui figure parmi les précurseurs du tourisme durable dans les années 1990, a aujourd’hui élargi son modèle 3P (personnes, planète et profit) à un concept plus évolué. Depuis sa création, Gap Adventures a étendu ses activités à plus de 1000 itinéraires dans une centaine de pays. Selon l’inspirant fondateur et président Bruce Poon Tip, au-delà du modèle du triple résultat (triple bottom line), les entreprises doivent davantage enrôler leurs employés ainsi que leurs clients dans cette voie.

Pour une entreprise dont les activités s’étendent à l’international, comment s’assurer que les employés qui la représentent donnent la même qualité de service et qu’ils démontrent leur engagement et leur affiliation à la marque, sans même ne jamais avoir rencontré leurs collègues?

 

Source: Présentation de Gap Adventures au World Tourism Forum – Lucerne, avril 2011

 

M. Bruce Poon Tip pense que pour y parvenir, il est nécessaire d’enrôler les employés dans le modèle d’affaires de l’entreprise et d’impliquer les voyageurs au-delà du produit vendu.

Gap Adventures base son modèle d’affaires sur la notion du bonheur dont traite le livre Delivering Happiness: A Path to Profits, Passion, and Purpose. M. Bruce Poon Tip met un point d’honneur à transposer ce concept philosophique dans la gestion de ses équipes et dans l’animation de sa communauté de voyageurs.

Selon lui, une entreprise doit créer un environnement qui offre aux employés un sentiment de:

  • perceived progress (percevoir la possibilité de progresser et de développer sa carrière);
  • perceived control (avoir un sentiment de contrôle sur son travail et sur son avancement);
  • connectedness (être en contact et en bonne relation avec ses collègues);
  • vision/meaning (faire partie de quelque chose de plus grand que soi).

Ce sont là, selon M. Bruce Poon Tip, les fondements mêmes du bonheur (voir image).

Source: Présentation de Gap Adventures au World Tourism Forum – Lucerne, avril 2011

Pour que les clients s’investissement dans cette cause, GAP Adventures a créé la fondation Planeterra, qui gère plus de 30 projets de développement communautaire à travers le monde et qui offre aux voyageurs la possibilité de participer au bien-être des populations qu’ils rencontrent dans leurs circuits.

Google et Apple, des géants de la gestion de la marque et de l’engagement du consommateur, reconnaissent l’intelligence du modèle d’affaires de Gap Adventures. La compagnie canadienne a également reçu les honneurs de Condé Nast Traveller et de National Geographic.

Ralentir la croissance touristique pour épargner l’environnement n’est pas une solution viable. Plusieurs économies en voie de développement dépendent de cette industrie souvent considérée comme une importante source de devises. En revanche, les modèles d’affaires des entreprises touristiques doivent impérativement changer et intégrer des pratiques de gestion durables.

«Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements.» (Charles Darwin – 1809-1882).

Sources:

- Conférence du World Tourism Forum, à Lucerne en avril 2011.

- Walsh, Luke. «Restaurant puts carbon footprint on the menu», edie.net, 26 avril 2010.