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Analyses - 30 mai 2011

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Quand les gestionnaires de la destination prennent le virage Web

Il s’agit du thème de réflexion d’une récente édition de la revue Espaces. L’e-tourisme, on le sait, a changé la donne dans plusieurs sphères de la société et les organismes de gestion et de promotion d’une destination n’y échappent pas. Comment optimiser leur rôle dans ce contexte? Quels sont les nouveaux métiers du Web? Quelles compétences les ressources devraient-elles posséder ou développer? Et comment faire pour suivre le rythme?

Que ce soit un office de tourisme ou un organisme régional ou local de promotion de la destination (DMO), ou encore un organisme de développement local comme les CLD ou les MRC, l’institution voit son rôle traditionnel bousculé et ses ressources parfois dépassées par l’omniprésence du Web.

Rôle de l’office de tourisme modifié: nouvelles compétences nécessaires

Selon Stéphane Canarias, directeur de l’office de tourisme de Brive-la-Gaillarde dans le Limousin, le rôle d’un tel organisme n’est plus le même en raison de l’existence d’outils de planification et de réservation de voyage d’envergure mondiale, comme Expedia ou TripAdvisor. De grandes entreprises remplissent maintenant très bien la fonction de magasinage d’une destination de voyage. De plus, les voyageurs ont pris goût aux avis d’autres consommateurs et seuls de grands réseaux mondiaux ou nationaux peuvent amasser un nombre élevé et suffisant de commentaires. Selon lui, les offices de tourisme doivent se tourner vers l’animation, la coordination, la veille et l’alimentation des réseaux sociaux. Pour réaliser ce changement de cap, il importe de revoir les orientations stratégiques ainsi que les compétences internes.

Dans le même esprit, Jean-Luc Boulin, directeur de la Mission des offices de tourisme et des pays touristiques d’Aquitaine (Mopa), expose les nouveaux métiers liés au Web. Le traditionnel webmestre ne peut à lui seul remplir les nouveaux rôles des organismes de gestion et de promotion d’une destination. Pour mener à bien leur mission, ceux-ci doivent considérer des postes tels que:

  • un webmarketer pour les activités marketing (référencement, recrutement de prospects, promotions en ligne);
  • un opérateur de bases de données en ligne;
  • un agent d’accueil numérique ou agent 2.0 pour interagir sur le Web et animer les réseaux sociaux (Lire aussi: L’agent Web 2.0, le nouveau James Bond du marketing);
  • un animateur numérique de territoire pour former et accompagner les intervenants (consulter l’article de Pierre Éloy à cet effet);
  • et, fonction encore peu répandue, un content curator, responsable de la fonction de veille (Lire aussi: La « curation », un nouveau métier du Web?)

Un employé peut occuper plus d’une fonction s’il a les compétences, les connaissances et le temps requis. Cela dépend également de la taille de l’organisme. Comme l’explique M. Canarias, chaque collaborateur doit maintenant inclure le Web dans ses fonctions. Par exemple, un conseiller en séjour divulgue ses informations sur Twitter ou entretient un blogue et un responsable de l’animation utilise Facebook pour tenir les fans au courant des événements à venir.

Évolution rapide du Web: formation continue

D’abord, M. Boulin explique qu’en France, les programmes d’enseignement sont mal adaptés aux besoins nouveaux des intervenants touristiques en matière de tourisme en ligne; cette lacune se manifeste donc inévitablement dans les ressources humaines des offices de tourisme et des opérateurs. Sur ce point, il y a lieu de se questionner sur la réalité québécoise. Est-ce que nos programmes d’enseignement suivent les tendances et répondent aux besoins des entreprises en matière de tourisme en ligne? Mentionnons néanmoins l’heureuse initiative du Cégep de Matane, qui intégrera davantage l’e-tourisme à son programme de technique en tourisme.

Ensuite, parce que l’e-tourisme évolue à une vitesse vertigineuse, l’apprentissage doit se poursuivre après les études. M. Boulin suggère d’au moins former les étudiants à la veille permanente sur l’évolution du tourisme en ligne.

Considérant les lacunes de l’enseignement ainsi que l’évolution perpétuelle du Web, la formation continue prend donc tout son sens. Selon M. Boulin, elle est essentielle à l’évolution et à la professionnalisation des acteurs. Elle passe par le dynamisme des joueurs régionaux, par une plus grande autonomie des intervenants dans leur veille et leurs apprentissages ainsi que par l’expérimentation des outils et des applications.

Exemples inspirants

L’accompagnement du Comité départemental de tourisme (CDT) de la Somme

La formation de ses membres sur le tourisme en ligne fait partie de la mission que s’est donné ce DMO. Même s’il a organisé des sessions autour des grands enjeux d’Internet et sur l’optimisation d’un site Web, des questions subsistaient. Les acteurs se demandaient toujours «Comment faire?». Le CDT a réorienté sa mission de formation pour assister les intervenants dans des actions concrètes. Il a misé entre autres sur Jimdo, un outil de création de sites simples, fiables et très peu coûteux que n’importe quel petit opérateur touristique peut mettre en place et alimenter. D’autres formations pratiques ont ensuite vu le jour: Google Adresses, Google Analytics, inscription sur les sites d’avis de consommateurs, création et animation d’une page Facebook, etc.

L’art de travailler ensemble en Picardie

Les organismes touristiques de cette région (les instances régionales et les offices de tourisme locaux) ont commencé à partager des outils (système de gestion de l’information et choix d’une technologie commune pour les sites Internet, site extranet) il y a quelques années. Ces expériences les ont amenés à lancer leur premier site commun destiné au public à la fin de 2008. Depuis, le site a généré 27 930 demandes de réservation. La collaboration se poursuit avec l’animation de ce site (renouveler les offres, animer quotidiennement et analyser les visiteurs), où les divers organismes ont tous un rôle à jouer. Forte de cette expérience, la Picardie a d’autres projets en cours.

Les initiatives communes et les efforts de professionnalisation existent aussi au Québec et au Canada. Comment votre organisme s’adapte-t-il à l’heure du Web 2.0?

Sources :

– Boulin, Jean-Luc. «La formation continue au e-tourisme, pierre angulaire de la professionnalisation des organismes de tourisme», Espaces, no 290, mars 2011.

– Canarias, Stéphane. «À quoi servent les offices de tourisme à l’heure du numérique?», Espaces, no 290, mars 2011.

– Durand, Olivier. «Formations au e-tourisme dans la Somme – Sensibiliser les prestataires, c’est bien… Les accompagner, c’est mieux!», Espaces, no 290, mars 2011.

– Éloy, Pierre. «L’animateur numérique de territoire – Une nouvelle fonction pour un enjeu majeur», Espaces, no 290, mars 2011.

– Gold, Jean-Philippe, Côme Vermersch, Stéphane Rouziou, Pierre Sabouraudet et Francis Lépine. «Les organismes touristiques de Picardie développent l’art de travailler ensemble», Espaces, no 290, mars 2011.

  • Pierre ELOY

    Bonjour Maïthé
    Merci pour cet article reprenant le projet Animateur Numérique de Territoire que nous avons initié avec Jean Luc Boulin et son équipe de la MoPa. Ce sont aujourd’hui presque 300 professionnels du tourisme de destination, DMO, qui suivent ce cursus de 10 journées sur 15 à 18 mois, depuis les initiatives d’accompagnement des prestataires touristiques fleurissent partout en France. Un groupe Facebook dédié aux animateurs numériques permet également de se retrouve, d’echanger et de s’aider dans son rôle d’ANT

    C’est pour quand au Québec 🙂 ?

  • Patrice Foresti

    Je rejoins Pierre Eloy sur la question de la formation mais cette fois initiale avec une réelle prise de conscience des responsables de formations supérieures en particulier universitaires. En effet nombreuses sont les formations qui intègrent à travers des interventions externes (souvenirs pour Pierre, toujours d’actualité pour moi)des professionnels du tourisme et du e-tourisme qui forment, informent sur le e-tourisme et incitent à la veille permanente les futurs professionnels du tourisme en France.
    C’est ainsi que l’Université de Toulouse et le CETIA, à Foix, Rodez, Toulouse et Tarbes intègrent dans des programmes divers, Licence NTIC et tourisme, Master 2 Tourisme, Licence commercialisation, gestion de structures hôtelières et touristiques, DU Gardien de refuge…un volume d’heures toujours plus grand consacré au e-tourisme, web-marketing et web communication.
    Nous constatons que les jeunes professionnels investissent et mettent en pratique très rapidement sur le terrain les éléments transmis dans leur formation initiale. Le changement est en route.

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