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Analyse - 17 juin 2013

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juin 2013

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La consommation collaborative: une révolution par le partage?

Louer un appartement pour un court séjour, recourir au covoiturage ou camper dans le jardin d’un habitant: la consommation collaborative est en pleine explosion. Un spécialiste estime ce commerce de particulier à particulier à 26 milliards de dollars américains.

Consommer différemment

L’insatisfaction liée à la consommation traditionnelle a poussé certaines personnes à réfléchir sur de nouvelles façons de subvenir à leurs besoins. Les conséquences de la surconsommation – sa lourde empreinte environnementale, notamment –, mais aussi les effets de la crise sont certainement des facteurs clés dans ce mouvement vers une utilisation partagée des biens qui, par le fait même, deviennent des services.

«Utiliser» plutôt que «posséder», voilà l’idée véhiculée par le concept de la consommation collaborative. On observe aussi une culture de la «bonne affaire». Ce n’est plus ce que nous possédons qui compte, mais plutôt notre capacité à dénicher des bons plans.

Des plateformes de toutes sortes

Le concept des plateformes collaboratives croît à vitesse grand V. La technologie mobile, Internet, les réseaux sociaux et les possibilités de géolocalisation mettent en relation ceux qui offrent et ceux qui cherchent.

Les réseaux se multiplient et se segmentent selon les motivations et les clientèles: covoiturer pour assister à un événement culturel ou pour aller faire du ski, ou encore louer un appartement s’adressant à la communauté gaie (Misterbnb). Cette consommation collaborative touche une grande variété de secteurs. On partage des biens entre voisins (Street Bank), des machines à laver (La machine du Voisin); on échange même le contenu de sa garde-robe (pretachanger.fr).

Des réseaux à succès

La plateforme communautaire Airbnb, qui fait les manchettes ces temps-ci parce qu’elle soulève des enjeux de légitimité, a été créée à San Francisco en 2008. Elle rassemble aujourd’hui plus de 300 000 offres de logements uniques à travers 34 000 villes du monde. Le particulier peut y offrir une chambre et accueillir les voyageurs, ou louer sa maison pendant son absence (lire aussi: La location de propriété en ligne bouleverse l’hôtellerie traditionnelle).

Plus de dix millions de nuitées ont été réservées sur ce site Web, qui fait office d’intermédiaire entre le loueur et le visiteur. Née de la nécessité des fondateurs de trouver des revenus pour payer leur loyer élevé, l’entreprise Airbnb constitue aujourd’hui la référence en matière de succès de commerce du partage ou de consommation collaborative. Néanmoins, ce type de formule s’attire les foudres de certains acteurs de l’industrie touristique et hôtelière qui y voient notamment une absence de standards de qualité pour la clientèle touristique et une concurrence illégale.

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 Source: Airbnb.ca

Zipcar, le plus grand réseau d’autopartage au monde, regroupe 767 000 membres pour une flotte de 10 000 véhicules répartis dans 20 zones métropolitaines et 300 campus universitaires. L’entreprise est présente dans 11 aéroports nord-américains, permettant ainsi aux membres de recourir à cette formule lorsqu’ils voyagent dans les villes desservies (lire aussi: Un concentré d’innovations et une dose de provocation).

BlaBlaCar est un réseau de covoiturage européen qui met en relation les automobilistes et les passagers à la recherche d’un siège. Il est présent dans 10 pays et rassemble aujourd’hui 3 millions de membres, dont 600 000 y ont recours tous les mois.

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Source: BlaBlaCar

De nouvelles plateformes de partage et de location de particulier à particulier voient le jour pratiquement chaque semaine. Il existe certainement un mouvement de masse vers une forme alternative de consommation, et le Québec n’est pas en reste. Des initiatives à succès comme AmigoExpress et Communauto (lire aussi: La location de voiture: l’éclatement du modèle d’affaires), ou encore les nombreuses plateformes Web qui permettent aux particuliers d’échanger leurs biens et services, comme LesPAC et Kijiji, démontrent l’intérêt des Québécois pour la consommation collaborative.

À la recherche d’authenticité

Comme le présente Loïc Le Meur, organisateur de la conférence technologique LeWeb, la jeune génération d’adultes grandit avec de nouvelles valeurs en matière de consommation. Ils croient notamment:

  • en l’authenticité;
  • en la durabilité;
  • que «faire le bien fait du bien»;
  • au partage avec la communauté;
  • en la création collective;
  • au financement collectif;
  • que «c’est l’avidité qui est mauvaise, pas l’argent».

Monsieur Le Meur définit aussi l’état d’esprit du nouveau consommateur. Que ce dernier soit jeune ou moins jeune, des mots clés reviennent dans sa façon de se procurer des biens et services:

  • simplicité;
  • traçabilité et transparence;
  • communauté;
  • participation;
  • collaboration.

La consommation touristique embrasse cette tendance. Le touriste y voit une façon de voyager plus économique, plus authentique, plus locale et qui se situe hors des sentiers battus. Le site de réservation Onefinestay, lui, propose de vivre un séjour comme un résident en louant une propriété et en lui offrant des applications pour mieux apprivoiser le quartier. Voilà une plus-value pour le touriste en quête d’immersion dans la culture locale (lire aussi: Découvrir la destination comme le ferait un résident).

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Source: Onefinestay

Un mouvement qui bouscule

Ces initiatives créent des remous dans l’offre traditionnelle. Certaines organisations, comme Euromonitor, se veulent rassurantes, alors que d’autres experts et entreprises sonnent l’alarme ou cherchent à s’adapter. C’est le cas de Hertz, l’entreprise de location de voiture qui a mis sur pied Hertz on demand, un service qui se rapproche de la location en libre-service. Il ne serait donc pas surprenant de voir les entreprises développer des modèles hybrides pour mieux répondre aux besoins de leurs clients, tout en maximisant l’utilisation des ressources lorsqu’elles sont inoccupées, tels les espaces communs dans les hôtels, par exemple.

Un autre enjeu de taille est celui de la réglementation. La location à court terme de résidences de particuliers doit se faire dans le respect de lois très restrictives, dans certains cas. Les réseaux de covoiturage ou de partage de voitures entre particuliers sont aussi parfois problématiques sous certaines juridictions. À San Francisco, le maire souhaitait assouplir ce système afin de favoriser le développement de cette nouvelle économie. Il a donc créé, en 2012, le Sharing Economy Working Group qui se penche sur ces défis pour protéger les consommateurs, les propriétaires qui offrent leurs biens et le voisinage, mais aussi sur la façon de collecter des taxes pour assurer un contrôle de ce nouveau mode de commerce.

Ainsi, ce mouvement de fond nécessitera certainement des ajustements de part et d’autre.

Source(s)

- Boulin, Jean-Luc. «Airbnb, la chanson entêtante de la consommation collaborative», etourisme.info, 14 mars 2013.

- Dupin, Éric. «Misterbnb, la location d’appartements gay-friendly entre particuliers, ou comment se diversifier sur un secteur en pleine expansion», Presse Citron, 18 mars 2013.

- Dykstra, Josh Allan. «Why Millennials Don’t Want to Buy Stuff», Fast Company, 13 juillet 2012.

- Gless, Etienne. «L’économie collaborative, une nouvelle ruée vers l’or», L’Entreprise.com, 2 mai 2013.

- Prot, Alexandre. «Comment la consommation collaborative marque les dernières tendances de l’e-tourisme?», Le Cercle Les Echos, 23 avril 2012.

- Shankman, Samantha. «San Francisco’s efforts to make Airbnb, FlightCar and the sharing economy legit », Skift, 30 avril 2013.

- Singh, Vikram. «Airbnb: More Than a Threat, It’s a Great Disruptor to the Hotel & Travel Sector», Hotel News Resource, 2 mai 2013.

- The Economist. «The rise of the sharing economy», 9 mars 2013.

- Wong, Kristine A. «Lessons from Airbnb about business in the sharing economy», The Living Principles, 26 avril 2013.

 

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