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Analyse - 1 juin 2016

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juin 2016

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Donner vie aux espaces publics

Lieux privilégiés pour flâner, se divertir et se rassembler, les espaces publics se créent et se transforment au gré de leurs communautés. Empreints d’authenticité, ces espaces voient défiler des gens d’ici et d’ailleurs qui partagent cette même envie de profiter du lieu.

Le coin d’une rue, un parc, une ruelle, une friche, un ancien stationnement sont autant d’exemples de lieux qui semblent à première vue banals, mais qui une fois réinventés peuvent s’avérer des endroits fort convoités. L’engouement entourant les espaces publics contribue parfois à revitaliser des quartiers, à attirer des visiteurs provenant de l’extérieur et à générer des retombées économiques.

L’attractivité d’un lieu

Qu’est-ce qui rend un espace public attrayant? L’organisme américain Project for Public Spaces (PPS), qui collabore depuis de nombreuses années avec diverses communautés, afin de les aider à redonner vie à des espaces publics à travers sa démarche placemaking, a identifié quatre principaux éléments à considérer.

  1. L’accessibilité : un lieu est accessible lorsqu’il est connecté à son environnement physiquement et visuellement. On le repère rapidement et il est possible de s’y rendre de multiples façons (à pied, en vélo, en autobus, en métro, en auto).
  2. L’offre d’activités: les options de divertissement représentent la principale raison qui attire les individus vers le lieu, les retient et leur donne envie d’y revenir.
  3. Le confort: les visiteurs doivent se sentir si bien qu’ils souhaitent y passer du temps debout comme assis. Le confort passe aussi par l’aspect esthétique du lieu, sa sécurité et sa propreté.
  4. La dimension sociale: les personnes qui fréquentent le lieu s’y rendent pour y rencontrer des amis, des voisins, des membres de leur communauté et socialiser avec les gens qui s’y trouvent. Le site accueille des individus de tout âge et de diverses origines. 

L’approche lighter, quicker, cheaper

Aménager un espace public peut sembler hors de portée pour des individus ou de petites communautés, en raison des frais que requiert ce type de projet et des lois et règlements en place. Cependant, la prise d’action d’un petit groupe de résidents peut débuter modestement puis éventuellement mener vers de plus grandes actions soutenues par des associations, des organismes et des autorités locales.

Depuis plusieurs années, PPS prône l’appropriation citoyenne des espaces publics. À travers son approche lighter, quicker, cheaper (LQC), PPS démontre qu’il est possible de réaliser des aménagements temporaires rapidement et à peu de frais. Ce type de projets permet de tester l’intérêt des autres résidents, d’évaluer les impacts d’un aménagement sur leur qualité de vie et d’ajuster au besoin certains éléments de celui-ci. Ainsi, on évite d’injecter inutilement des sommes d’argent plus importantes dans diverses installations permanentes lorsqu’un projet ne fonctionne pas.

Le Village Éphémère

Lors de la conférence TEDxMontréal de janvier 2016, Jérôme Glad de Pépinière&Co. présentait divers projets qui ont été réalisés avec une approche similaire à celle de LQC, dont celui du Village Éphémère.

En 2013, une communauté de designers urbains de Montréal s’est réunie pour réaliser un projet éphémère d’une journée sur un espace public inoccupé aux abords du canal de Lachine. Suite à l’approbation par Parcs Canada, l’équipe a concrétisé le premier Village Éphémère avec l’aide d’autres collaborateurs. Sur le site, des activités culinaires, de la musique ainsi que des zones intégrant des installations contemplatives animent le lieu. Le coût de 10 000 dollars fut entièrement autofinancé et le site a accueilli 1000 visiteurs.

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Source : aduq.ca crédit photo Jean-Michel Seminaro

Basée sur le succès de 2013, la seconde édition, baptisée Village au Pied-du-Courant, fut implantée dans le quartier Ville-Marie, sur une friche à côté du parc Bellerive. Cette fois, le projet s’est déroulé sur deux mois au coût de 150 000 dollars, dont 10 000 de fonds publics. Les installations, l’animation et l’engouement médiatique autour de ce projet ont convaincu quelque 35 000 personnes de profiter du site. En 2015, ce nombre a doublé pour atteindre 70 000 personnes et l’initiative s’est prolongée durant trois mois. Ce lieu ludique et convivial réussit à faire cohabiter les citoyens, les familles, les travailleurs et les touristes, tout en offrant une vitrine à divers artistes et artisans d’ici.

 

 

Source: Village Pied-du-Courant 2015 de Pépinière & Co

Le marché de Corbin

La petite municipalité de Corbin, située dans l’État du Kentucky aux États-Unis, a connu une transformation de sa rue principale, grâce à l’ouverture d’un marché de producteurs locaux; une initiative citoyenne initiée en 2013. Après avoir obtenu le feu vert des autorités concernées, un groupe de résidents ont aménagé un marché sur un espace vacant se trouvant sur la rue principale. On y trouve, entre autres, des étalages de produits à vendre, des herbes et des fleurs pour embellir le site ainsi qu’une scène construite à partir de vieilles palettes de bois, où se produisent des musiciens locaux durant les heures d’ouverture du marché.

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Source : pps.org, crédit photo : Downtown Corbin

Rapidement, la population a été charmée et a commencé à visiter le marché sur une base régulière. Peu à peu, une programmation d’événements fut élaborée afin de positionner le secteur du marché en tant que destination pour la communauté : course à pied (the Color Corbin 5k), Oktoberfest, concours de décoration de fenêtres de Noël, etc. Les producteurs locaux ont aussi pu mettre en valeur leurs produits grâce à des activités culinaires. Le marché fut en quelque sorte un laboratoire qui leur a permis de tester leurs produits et d’expérimenter de nouvelles idées. Certains marchands et artisans ont connu un tel succès qu’ils ont ensuite décidé d’avoir pignon sur la rue principale. En trois ans, le marché est passé de 30 vendeurs à 52 et le taux d’occupation de la rue principale de 60 % à près de 95 %. Désormais, on ne compte pratiquement plus de bâtisses vacantes dans le centre-ville.

 

D’après Jérôme Glad « en l’absence de budget naît parfois la créativité et l’envie de faire plus avec moins ». La motivation, le talent et la passion de certains citoyens peuvent contribuer positivement à la revitalisation d’espaces publics à peu de frais. Alors, pourquoi ne pas encourager, soutenir et valoriser de telles initiatives?

 

Source de l’image à la une: © Jean-Michael Seminaro 

 

Source(s)

- Baldassi, Margot. « Un laboratoire d’initiatives urbaines contre la ville sous pacemaker – Entretien avec Jérôme Glad de Pépinières&Co», pop-pu urbain, 22 mars 2016

- Ferraris, Florence Sara G. « Rêver le possible», Le Devoir, 11 juillet 2014.

- Ferraris, Florence Sara G. « Voyage au cœur de la citoyenneté active » Le Devoir, 2 août 2014.

- Glad, Jérôme. « Réinventer la ville, tous ensemble, et à moindre coût» TEDxMontréal, 17 janvier 2016.

- MacKenzie, Annah. « A Man, a Plan, a Market : The Lighter Quicker Cheaper Transformation of a Rural Kentucky Main Stree », Project for Public Spaces, 5 avril 2016.

- Paré, Isabelle. « Fred Kent, le pape de l’urbanisme citoyen », Le Devoir, 28 mai 2015.

- Project for Public Spaces. « What Makes a Successful Place? ».

- Project for Public Spaces. « The lighter, quicker, cheaper transformation of public spaces».

 

 

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