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Analyse - 12 juillet 2017

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juillet 2017

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Comment réduire les effets de la saisonnalité

Le Québec est-il une destination touristique 4 saisons? La fréquentation hivernale demeure marginale par rapport aux autres périodes de l'année. Le développement de l’offre et des astuces marketing peuvent contribuer à attirer les voyageurs en dehors de l’été.

À l’occasion de la conférence intitulée The Future of Winter Tourism, qui s’est déroulée à Rovaniemi, dans la Laponie finlandaise, M. Antti Honkanen de l’University of Lapland a présenté son étude sur la saisonnalité. En voici un aperçu, suivi de la situation au Québec ainsi que de quelques astuces pour atténuer les effets de la saisonnalité pour les entreprises touristiques.

Les hauts et les bas de la saisonnalité

La saisonnalité, cette fluctuation des flux touristiques qui correspond à une ou des saisons, est habituellement cyclique. Comme l’indique le chercheur Antti Honkanen, il existe deux grandes familles de causes de la saisonnalité en tourisme : les facteurs climatiques et institutionnels. Dans le premier cas, on parle de causes associées à la nature, soit les saisons, le climat. La seconde cause est plutôt le résultat de décisions humaines comme le calendrier scolaire et les jours fériés.

On observe plusieurs conséquences négatives à la saisonnalité dans le secteur touristique, dont :

  • La sous-utilisation des infrastructures d’accueil en période creuse;
  • La congestion routière et les files d’attente en saison haute;
  • Les difficultés de recrutement vu l’irrégularité des emplois;
  • La qualité du service ou du produit mis en péril.

Après la haute saison, le ralentissement permet néanmoins un moment de récupération pour la communauté et les travailleurs, mais aussi pour la nature et les sites touristiques.

Certaines destinations voient leurs flux touristiques s’organiser principalement autour d’une ou deux périodes dans l’année. Le cas illustré par M. Honkanen, celui de Rovaniemi, implique deux périodes d’achalandage : de décembre à mars puis de juin à août. L’image ci-dessous illustre l’évolution de la situation de 1995 (courbe verte) à 2016 (courbe bleue). On remarque qu’en 1995, la destination enregistrait un seul sommet de fréquentation, soit en été. La situation est tout autre aujourd’hui avec des pointes hivernales qui dépassent celles des mois d’été. La destination s’est beaucoup développée au cours des dernières années en misant notamment sur le tourisme hivernal.

evolution-frequentation-saison-rovaniemi

Source : Antti Honkanen

Le Québec : une destination estivale?

La fréquentation touristique du Québec en 2014 — données disponibles les plus récentes — se décline de la façon suivante :

  • plus du tiers (35 %) des visites se déroulent durant les mois de juillet, août et septembre (3e trimestre);
  • le quart (25 %) se produisent d’octobre à décembre (4e trimestre);
  • un peu moins du quart (23 %) se déroulent au printemps, d’avril à juin (2e trimestre;
  • quelque 17 % des visites ont lieu de janvier à mars (1er trimestre).

On constate qu’au fil des années, la saisonnalité au Québec s’est atténuée. Entre 2000 et 2014, la part des visites concentrées au 3e trimestre (juillet, août et septembre) a baissé de six points de pourcentage au bénéfice des 1er et 4e trimestres (voir les graphiques 2 et 3).

frequentation-touristique-quebec-saisons-2000

frequentation-touristique-quebec-saisons-2014

Une saisonnalité plus prononcée parmi les voyageurs hors Québec

Le graphique 4 indique que les voyageurs venant d’outre-mer se déplacent particulièrement plus que les autres au printemps et à l’été – 2e et 3e trimestres – au Québec (72 %).

Seulement 12 % des visites provenant d’autres pays que le Canada et les États-Unis se déroulent de janvier à mars

Ce graphique démontre aussi à quel point la saison hivernale occupe une faible part de la fréquentation touristique au Québec. Seulement 12 % des visites provenant d’autres pays que le Canada et les États-Unis se déroulent de janvier à mars.

visites-touristiques-provenance-saisons

Des astuces pour attirer des touristes hors saison

Pour modifier la forme d’une courbe de fréquentation, des efforts importants doivent être faits pour développer l’offre et la promouvoir. Mais la spécialiste en marketing touristique, Paige Rowett, propose quelques astuces marketing aux entreprises qui souhaitent prolonger leurs opérations afin de réduire certains effets négatifs liés à la saisonnalité. En voici quelques-unes.

Créer des forfaits d’expériences uniques

  • Forfaitiser un circuit ou un ensemble de services touristiques pour attirer les voyageurs en période de basse fréquentation.
  • L’ajout de composantes exclusives qui ne sont pas offertes durant la haute saison devient certainement une plus-value et incite à l’achat.
  • Il s’agit d’une astuce particulièrement intéressante pour le secteur de l’hébergement qui peut s’allier à des entreprises qui proposent des produits saisonniers.

Solliciter les résidents et les clients fidèles avec des rabais 

  • La population locale contribue à l’expérience touristique; la basse saison devient un moment privilégié pour leur offrir une certaine marque de reconnaissance.
  • La fidélisation de la clientèle peut être renforcée par des offres exclusives à tarif réduit durant les périodes creuses.

Utiliser les événements qui se déroulent hors-saison comme levier 

  • Les entreprises de la région ont tout intérêt à promouvoir les événements et à partager sur leurs comptes de médias sociaux des publications liées à ceux-ci en utilisant les mots clés associés.
  • Assurer une présence aux événements, soit comme commanditaire, comme partenaire ou en déployant un kiosque, par exemple.

Considérer le marché des réunions et des voyages de motivation 

  • Ce marché est actif toute l’année; les revenus qui y sont associés sont souvent très intéressants puisque les voyageurs d’affaires dépensent davantage que les touristes d’agrément. Ils sont aussi de plus en plus portés à prolonger leur séjour pour profiter des attraits locaux.
  • Les salles de réunions dans les hôtels, les restaurants, les musées et les exploitants touristiques divers peuvent y trouver leur compte en s’associant aux activités pré et post-conférence.
  • Les groupes de motivation ont tendance à se tourner vers des expériences sur-mesure, authentiques et uniques, ouvrant la porte à des options offertes par de petites entreprises.

Le défi des ressources humaines

Dans la foulée des actions mises de l’avant avec la stratégie de mise en valeur du tourisme hivernal du ministère du Tourisme, la courbe de saisonnalité sera certainement appelée à évoluer différemment prochainement. L’évolution de la destination Rovaniemi, dans le nord de la Finlande, démontre que des initiatives en ce sens peuvent porter fruit. Néanmoins, les difficultés de recrutement demeurent un frein à l’étalement des saisons touristiques en dehors des congés scolaires. La rareté des ressources humaines est déjà un enjeu bien présent durant la saison estivale alors que le principal bassin de main-d’œuvre est disponible à l’emploi. Il faudra faire preuve d’innovation et se tourner vers des marchés non conventionnels pour continuer à livrer des expériences de qualité.

Image à la une :Bucketlistly Photos

Source(s)

— Honkanen, Antti. « Reducing seasonality in Finnish Lapland — mission impossible? », présentation à l’occasion de la conférence The Future of Winter Tourism à Rovaniemi, Finlande, du 3 au 5 avril 2017.

— Ministère du Tourisme du Québec. « Le tourisme au Québec en bref », Tourisme Québec, éditions 2000, 2004, 2008, 2012 et 2014.

 
  • François

    La faible part de touristes étrangers en saison creuse s’explique peut-être aussi par la plus faible fréquence de liaisons aériennes en hiver (et les tarifs plus élevés) !

    • Didier MARCEILLAC

      François,
      Comme on le dit ici en France, c’est l’histoire « du chien qui se mord la queue ».
      En effet :
      pas de clients = pas de (bons)prix,
      pas de (bons) prix = pas de clients.

      Ici en France, en dehors de Paris qui a une fréquentation touristique linéaire importante, le reste des territoires-destination souffre énormément des effets néfastes d’une activité beaucoup trop saisonnière.
      Didier MARCEILLAC

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