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Analyses - 14 janvier 2005

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janvier 2005

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La neige et le froid polaire sont-ils bons vendeurs?

Froid polaire et vent glacial découragent-ils les touristes? Beaucoup s’imaginent que la neige et le froid extrême repoussent les visiteurs. Mais ils ont tort! Le «tourisme polaire» est un créneau en croissance. ++ COMMENTAIRE du professeur Alain A. Grenier, maître de conférence à l’Université de Laponie, à Rovaniemi, en Finlande. ++

Bien qu’il n’existe pas vraiment de définition officielle pour le tourisme polaire, la littérature spécialisée s’entend pour dire qu’il s’agit de tourisme dans des conditions de froid extrême. Le tourisme polaire, souvent perçu comme le petit frère de l’écotourisme, offre la possibilité de vivre une expérience unique dans une région naturelle considérée comme «pure». Il allie beauté des paysages, mode de vie et culture uniques.

Les amateurs privilégient:

  • l’observation de la faune: baleines, épaulards, phoques, ours polaires, etc.;
  • des activités d’aventure: traîneau à chiens, randonnées en kayak, excursions en hélicoptère, camping, ski de randonnée, etc.;
  • le safari-photo;
  • le tourisme de découverte culturelle;
  • l’alpinisme de glace… pour certains accros.

Un créneau en croissance

Chaque année, ce créneau se développe un peu plus, ce que prouvent les données suivantes, amassées par l’International Association of Antarctica Tour Operators (IAATO).

Pays d’origine Nombre Pourcentage
États-Unis 10 387 37,7
Allemagne 3 428 12,4
Royaume-Uni 2 869 10,4
Australie 1 577 5,7
Canada 1 202 4,4
Japon 973 3,5
Suisse 498 1,8
Inconnu 3 415 12,4
Autres 3 188 11,6
Total 27 764 100

Source: IAATO, 11 septembre 2004

Même si plusieurs entreprises touristiques déjà établies en Antarctique ont commencé à se tourner vers l’Arctique, c’est encore en Antarctique que l’on met à l’essai les nouveaux produits. Cela est dû à une saison touristique plus longue qu’en Arctique, où les conditions de navigation demeurent très difficiles, et ce, même durant l’été.

Le Nord québécois

Au Québec, la région Nord-du-Québec a beaucoup à offrir aux amateurs de grands froids et d’aventure. Renommé pour la chasse au caribou et pour la pêche, le secteur comprend plus de 90 pourvoiries, qui accueillent chaque année des milliers de visiteurs. On peut y pratiquer une panoplie d’activités: randonnée, canot, kayak, motoneige, ski de fond, camping sauvage, aérotourisme, observation de la faune, etc. Il est aussi possible de séjourner dans les communautés autochtones afin de découvrir leur culture et leur mode de vie.

Les croisières en eaux froides

Le tourisme de croisières polaires est aussi en pleine effervescence et il est encore loin d’avoir atteint son point de saturation. Il en existe différents types, certains les qualifiant de croisières, d’autres d’expéditions ou d’explorations polaires. Les destinations privilégiées sont l’Alaska, l’Islande, le Groenland et l’Antarctique.

Citons, par exemple, quelques croisiéristes qui remontent la côte norvégienne jusqu’au cercle polaire arctique, offrant aux passagers une vue imprenable sur les fjords. C’est le cas notamment du Constellation (Celebrity Cruises) ou du Seabourn Pride, plus petit, qui proposent deux croisières grand luxe de 14 jours dans les fjords norvégiens. D’autres armateurs amènent les touristes découvrir la mer d’Irlande et l’Islande, au départ de Copenhague. En Alaska, le Diamond (Princess Cruises) offre des excursions d’une journée pour voir les glaciers, les maisons flottantes des Inuit et la cathédrale orthodoxe de Juneau, ainsi qu’un voyage en train au Yukon, au départ de Skagway.

La clientèle intéressée fait partie des segments des «explorateurs» et des habitués des croisières. Plus riches, plus âgés et plus éduqués que les amateurs de croisières traditionnelles, ils recherchent un produit nouveau. Partageant certains intérêts des écotouristes, ils sont attirés par la faune marine et la nature vierge.

Au Québec, le Groupe CTMA offre, de la mi-février 2005 à la fin mars, une croisière d’une semaine en eaux froides dans le golfe Saint-Laurent (quatre jours et quatre nuits) autour des Îles-de-la-Madeleine. En plus d’une découverte guidée des îles, une gamme d’activités optionnelles est également disponible afin de permettre de profiter davantage des beautés de l’archipel: randonnée pédestre ou en traîneau à chiens, excursion dans les glaces en kayak de mer ou en Zodiac, pêche blanche, promenade en cabarouette1, campement hivernal sous une tente yourte2 ou observation des blanchons sur la banquise.

Aux amateurs de sensations fortes, CTMA propose également une variété de sports de glisse: initiation au cerf-volant de puissance3avec randonnée de buggy ou au ski cerf-volant.

Et si l’expérience vous tente, il y a aussi…

La visite des parcs naturels en zones polaires

Plusieurs pays comme la Suède, la Finlande, la Norvège, la Russie… et bien sûr, le Canada, proposent la visite de parcs naturels et de zones protégées établis dans des régions polaires. Outre le spectacle d’une nature sauvage, ces parcs offrent aux touristes de nombreux sites historiques et la possibilité de rencontrer les communautés autochtones qui vivent dans des territoires adjacents. On y note une nette augmentation du nombre de visiteurs, malgré une fréquentation générale tout de même limitée.

Au Québec, à Kangiqsujjuaq (ATR du Nunavik), citons le Parc national des Pingaluit, premier parc situé en milieu nordique et cogéré avec les Inuit, créé en janvier 2004. Les infrastructures d’accueil et l’aménagement de l’aire de service du parc ont coûté 6 millions $ et son budget de fonctionnement a été fixé à 3,9 millions $ pour les cinq premières années. Les travaux de construction des équipements étant peu avancés, il n’est pas encore ouvert au public.

Sous un climat de toundra (-28°C en moyenne en janvier), il offre un paysage rugueux, isolé et sauvage et permet d’admirer une faune et une flore typiques du Grand Nord. Le parc s’adressera à des visiteurs qui souhaitent vivre une expérience écotouristique hors du commun. On y proposera randonnée pédestre, pêche, canotage, excursions en ski de randonnée, etc. Toutefois, cette dernière activité ne s’adressera qu’à des personnes averties, car il n’existe aucun traçage de piste, ni surveillance sur les lieux.

Sans oublier de saluer le Père Noël en Laponie

En 2003, ce sont pas moins de 500 000 touristes étrangers qui sont venus à Rovaniemi, une petite ville de 60 000 habitants sur le cercle polaire, en Laponie finlandaise. Qu’y recherchent-ils? Ignorant le froid, ils y viennent pour l’ambiance de Noël, l’atmosphère féerique et irréelle… et bien sûr pour voir le Père Noël et ses rennes. C’est aussi le bon moment pour observer le ciel et les aurores boréales. Au programme, visites en traîneaux tirés par des chiens ou des rennes et safari-motoneige «À la recherche du Père Noël».

Cette excursion, spécialement organisée pour les enfants, consiste en un jeu de piste où ceux-ci, installés confortablement dans des luges tractées par des motoneiges, s’arrêtent pour découvrir les messages du Père Noël… avant d’arriver chez lui. Le tout se termine par un goûter et la traditionnelle remise des cadeaux. Pour les fêtes 2004-2005, on estime les revenus à quelque
20 millions d’euros.

1 Petite voiture légère décapotée, à deux ou à quatre roues, tirée par un cheval.
2 Construction circulaire de type mongol.
3 Structure gonflable dirigeable qui ressemble à une aile d’avion et qui se manie à l’aide de deux poignées ou d’une barre de navigation.

Voir aussi

Croisières: à quoi s’attendre en 2004?
International Association of Antartica Tour Operators
Tourisme Îles de la Madeleine
Destination Nunavit

Sources:
– Le Courrier international. «La lucrative légende du Père Noël en Laponie finlandaise», 12 décembre 2004.
– Grenier, Alain. «Croisières et tourisme polaire: des vacances aux confins de la géographie», VertigO, La revue en sciences de l’environnement sur le WEB (UQAM), vol. 4, no 3, décembre 2003.
– Transpol’Air. «Les arguments pour la régulation du tourisme commercial en Antarctique», avril 2004.
– Le Soleil. «Le cratère du Nouveau-Québec devient le premier parc national du Nunavik», 30 août 2003.
– Paradis, Steeve. «Baie-Comeau veut offrir des croisières en eaux froides», Le Soleil, 30 juin 2004.
– Désiront, André. «Les belles croisières de 2005», Cyberpresse, 11 janvier 2005.

Commentaire du professeur Alain Grenier

Alain A. Grenier, docteur en sociologie, est maître de conférence à l’Université de Laponie, à Rovaniemi, en Finlande. Il a effectué de nombreuses croisières polaires en Antarctique et en Haut-Arctique canadien et russe, soit à titre de guide-naturaliste, soit à titre de chercheur.

Cet article du 14 janvier 2005 offre un coup d’oeil général sur le tourisme «polaire» tel que pratiqué dans plusieurs coins du globe. Il m’apparaît cependant important d’y apporter quelques précisions.

D’une part, il est nécessaire de distinguer le «tourisme polaire» du «tourisme d’hiver» ou tourisme hivernal (lire à cet effet: The Nature of Nature Tourism, 2004: 79-81). La distinction peut sommairement se faire selon que la motivation principale du touriste est d’ordre géographique (atteindre une région dite «polaire» comme l’Arctique ou l’Antarctique, définie soit selon le cercle polaire, la ligne des arbres ou la ligne de l’isotherme), soit que cette motivation est d’ordre climatique (faire l’expérience de la neige – et non du froid proprement dit, d’où le tourisme d’hiver).

À cela s’ajoute une différence importante quant aux infrastructures utilisées. Le tourisme d’hiver n’est généralement pas autonome et nécessite le soutien d’hôtels, comme pour les safaris en motoneige ou la participation à un carnaval d’hiver, par exemple – pensons à celui de Québec, aux hôtels de glace, etc. Le tourisme polaire, à l’opposé, parce que pratiqué en région normalement isolée, requiert une autonomie complète ou presque. Enfin, le tourisme polaire tend à se réaliser l’été, tandis que le tourisme d’hiver tire inévitablement avantage… de l’hiver.

Il importe aussi de préciser que si la demande pour les croisières «polaires» est effectivement à la hausse, il y a une saturation artificielle du marché causée par le nombre limité de vaisseaux polaires disponibles pour ce type d’activité (voir le même ouvrage mentionné plus haut pour un tableau complet des navires employés). C’est le cas notamment pour l’Antarctique. Dans le Haut-Arctique, seuls quelques navires répondent aux normes de navigation en mers polaires (les conditions de navigation y sont beaucoup plus problématiques, d’où la quasi nécessité d’affréter les rares brise-glace russes disponibles).

Le coût des croisières en Haut-Arctique, nettement plus élevé, fragmente davantage la demande et, de ce fait, limite pour l’instant l’expansion de l’industrie dans l’Hémisphère Nord. Cela dit, la Murmansk Shipping Company de Russie qui affrète certains de ses brise-glace (traditionnels et nucléaires) aux croisières polaires prévoit l’entrée en service de nouveaux navires d’ici la prochaine décennie avec des ponts spécialement conçus pour les touristes.

Finalement, il ne faut pas confondre le type de croisières offert en Alaska (dans la «péninsule») avec les croisières polaires. Dans le premier cas, il s’agit de croisières dites «traditionnelles», c’est-à-dire, un navire-attraction, avec salles de spectacles, piscine, etc. Dans le second cas, le milieu naturel constitue l’attraction vedette, le navire ne possédant aucune infrastructure pour la vie de luxe (pas de salle de spectacle, de restaurant ou de cafétéria, ni aucun code vestimentaire, pour ne mentionner que ces quelques différences). De là viennent l’association entre les notions d’aventure et d’exploration du tourisme de croisières polaires.

Grenier, Alain A.
Maître de conférence
Université de Laponie, Finlande

 

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