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Analyses - 23 février 2005

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février 2005

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Commentaires du professeure Julianna Priskin sur le texte «Quand l’étiquette écotourisme est utilisée à toutes les sauces»

Expert associé au Réseau de veille en tourisme, Mme Julianna Priskin est professeure en écotourisme et développement régional au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal. Voici ses commentaires au sujet de l’analyse intitulée «Quand l’étiquette écotourisme est utilisée à toutes les sauces».

Dans cet article paru dans l’édition du 9 février du Globe-veilleur, on fait bien ressortir l’imprécision qui existe entre les notions d’écotourisme et de tourisme durable. Comment s’en étonner puisque ces deux concepts, qui ne représentent pas la même chose, n’ont pas de définition universellement reconnue. On ne devrait accoler l’étiquette écotouristique à une activité qu’à la condition de respecter un certain nombre de principes.

L’écotourisme est une forme de tourisme qui se déroule dans un environnement naturel. Il s’inscrit donc dans le contexte plus général du tourisme de nature. Mais l’écotourisme se distingue des autres formes de tourisme de nature, en ce qu’il est le seul à contribuer à la conservation de la nature, à la sensibilisation environnementale (volet éducatif) et au bien-être de la population hôte.

Alors, comment faire la distinction, en termes concrets? Si vous passez la journée à faire du kayak sur un lac ou une rivière et que vous rentrez chez vous le soir, vous vous livrez à une simple activité de loisirs ou de plein air. Si vous faites du kayak dans un parc national et passez la nuit dans une auberge ou dans le terrain de camping du parc, vous faites du tourisme de nature. Comme le kayak exige un effort physique et peut faire courir un certain degré de risque (selon le cours d’eau choisi), on peut le considérer comme une forme de tourisme d’aventure «douce». Toutefois, si vous pratiquez le kayak dans un parc national, en compagnie d’un guide formé et expérimenté qui vous renseigne sur votre environnement naturel et les moyens de le conserver, et que votre séjour est organisé par un voyagiste, alors vous vivez probablement une forme d’écotourisme. Dans quelle mesure? Cela dépend d’une foule d’autres facteurs, mais en règle générale, l’écotourisme :

  • contribue directement à la conservation de la nature, par des moyens financiers, par exemple, ou par la participation à des activités de gestion environnementale;
  • sensibilise le touriste à l’environnement, au moyen d’une promenade commentée dans un parc national en compagnie d’un guide professionnel qui fournit un enseignement sur l’écologie du lieu;
  • illustre l’adoption de politiques et de pratiques qui réduisent les impacts biophysiques des activités des clients et de l’entreprise: ainsi, un chalet qui utilise des technologies permettant de réduire la consommation d’énergie ou d’eau, ou dont les occupants prônent des pratiques de recyclage ou de réduction des déchets;
  • contribue favorablement au bien-être de la population hôte en créant de l’emploi et en faisant en sorte que les profits ne soient pas tous drainés hors de l’économie locale; et
  • respecte la culture de la population hôte, par exemple en la faisant participer à la planification de l’activité touristique.

En principe, il faudrait répondre à tous les facteurs énumérés plus haut pour mériter l’appellation d’écotourisme. Mais en pratique, une entreprise qui répond à un ou deux de ces critères peut souvent qualifier ainsi ses activités. C’est malheureux, car il devient ainsi impossible de distinguer les véritables produits écotouristiques de ceux qui ne le sont que partiellement. Il serait donc utile d’adopter pour chaque critère des indicateurs de performance, quantitatifs et mesurables, grâce auxquels on pourrait situer sur une échelle le «degré d’écotourisme» de chaque activité. C’est d’ailleurs le principe qui sous-tend bon nombre des étiquettes d’accréditation actuelles. Mais, tout comme l’usage de définitions différentes pour représenter un même concept, la multiplication des étiquettes crée en fait beaucoup d’incertitude, ce qui n’est pas du tout souhaitable pour un secteur d’activités aussi répandu que le tourisme.

Pour ajouter au caractère nébuleux des termes vus ici, plusieurs définitions exigent que l’écotourisme soit une forme de développement durable – une notion elle-même encore plus nébuleuse. On peut dire simplement que le développement durable est un cadre de développement qui vise le long terme et qui s’applique à toutes les sociétés et à tous les secteurs économiques. Il s’agit aussi d’une idéologie qui a pour objectif de trouver l’équilibre entre l’économie, la société et les ressources biophysiques dont tout le reste dépend. Il va de soi qu’un tel idéal devrait aussi s’appliquer au tourisme.

Le tourisme durable constitue une forme de tourisme qui se développe et se gère de manière à rester viable, du point de vue social, économique et environnemental, et ce, de génération en génération. Il s’agit aussi d’une forme de tourisme qui ne nuit en rien au développement d’autres activités dans la même région. Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), le tourisme durable doit :

  • faire un usage optimal des ressources environnementales;
  • respecter l’authenticité socioculturelle des communautés hôtes; et
  • procurer des avantages socioéconomiques à tous les intervenants.

Les règles directrices pour le développement durable du tourisme et les pratiques de gestion qui s’y rapportent s’appliquent à toutes les formes de tourisme, ainsi qu’à toutes les destinations. Un centre de tourisme de masse situé sur une montagne ou sur une plage peut évaluer son degré actuel de durabilité et adopter des mesures qui amélioreront son rendement. Il est vrai que certains secteurs touristiques peuvent plus facilement que d’autres réaliser un tel idéal, mais tous peuvent faire quelque chose. Depuis plus d’une dizaine d’années, on a produit une abondante documentation expliquant comment générer un tourisme durable, mais en pratique, il reste encore de nombreux défis à relever.

À bien des égards, l’écotourisme peut réellement contribuer à la concrétisation d’un idéal de tourisme durable. Et comme l’écotourisme et le développement durable présentent de nombreux avantages pour la société et l’environnement, il serait bon d’évoluer dans ce sens, quelle que soit la difficulté.

 

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