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Analyses - 6 octobre 2008

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octobre 2008

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L’avenir de la motoneige touristique passe-t-il par le marché américain?

Comme destination touristique de motoneige, le Québec jouit d’une bonne réputation à l’échelle mondiale. Il s’agit toutefois d’un secteur à maturité victime notamment des hausses du coût du carburant et de fortes pressions sur le plan environnemental. Des résultats touristiques mitigés génèrent inévitablement des questionnements. A-t-on fait le plein des touristes motoneigistes ou passe-t-on à côté de marchés porteurs peu exploités? Le développement de nouveaux marchés éloignés aux États-Unis pourrait-il s’avérer intéressant pour les voyagistes et le créneau de la location? Serait-il possible de donner un nouveau souffle à l’industrie de la motoneige au Québec?

Recrudescence de la demande québécoise

Les années 2000 coïncident avec le déclin de la demande, particulièrement du côté de la clientèle américaine des motoneigistes qui est en chute libre. Un regard historique sur les droits d’accès vendus nous apporte un éclairage sur l’état de la situation en ce qui concerne plus précisément le marché des propriétaires de motoneige (graphique 1).

Depuis 2000-2001, le nombre de droits vendus n’a cessé de diminuer, sauf la dernière saison qui a connu une croissance spectaculaire de 27% par rapport à 2006-2007 (+35% auprès de la clientèle québécoise). L’hiver précoce de 2007 a certes été un important déclencheur d’intérêt.

En 2007-2008, les Québécois ont acheté 88% des droits d’accès.

CP_2008-10_motoneige_grphq1

La demande ne se limite pas qu’aux propriétaires, puisqu’un nombre important de touristes pratiquent cette activité avec une motoneige empruntée ou de location. Selon le Print Mesurement Bureau (PMB) 2008, 346 000 Québécois de 12 ans et plus ont pratiqué la motoneige au moins une fois au cours des 12 derniers mois.

Selon la même enquête, l’ensemble du marché canadien atteint 1,16 million de motoneigistes. De ce nombre, quelque 394 000 Canadiens (122 000 Québécois) ont déclaré avoir pratiqué la motoneige à l’occasion de voyages de vacances au Canada.

Voici plus précisément d’où proviennent les 12 765 motoneigistes des marchés extérieurs qui ont acheté un droit d’accès au Québec lors de la saison 2007-2008 (graphique 2).

CP_2008-10_motoneige_grphq2

L’énigme américaine

Du côté de la clientèle américaine, la situation est beaucoup moins reluisante. Au cours de la saison 2000-2001, plus de 17 000 d’entre eux ont acheté un droit d’accès au Québec. En 2007-2008, ils étaient à peine 6000, soit une chute de 65%. Pourtant, l’étude de Travel Activities & Motivation Survey (TAMS) de 2007 révèle que plus de 3,8 millions d’Américains ont pratiqué la motoneige durant un voyage d’une nuit et plus au cours des deux dernières années. Pour environ la moitié d’entre eux, la motoneige constituait la principale motivation du voyage. Force est de constater que le marché actuel du Québec représente une infime partie de l’ensemble du potentiel américain.

Il faut savoir que parmi les motoneigistes américains, plus de 380 000 ont aussi réalisé un voyage au Québec au cours des deux dernières années. Toutefois, seulement 37 % de cette clientèle potentielle est issue des marchés traditionnels du Québec, soit la Nouvelle-Angleterre et l’Atlantique Centre (New Jersey, New York, Pennsylvanie). Or, ces marchés représentent pourtant 95% de la clientèle actuelle des motoneigistes qui achètent des droits d’accès.

L’adepte américain

L’étude de TAMS de 2007 nous donne d’intéressantes précisions sur le portrait type de l’adepte de la motoneige et du quad:

  • un homme âgé de 18 à 44 ans vivant en couple ou en famille;
  • affiche un niveau de scolarité inférieur à la moyenne;
  • dispose d’un revenu de ménage supérieur;
  • plus actif pour les activités extérieures (ex.: chasse et pêche, équitation, sports extrêmes) et culturelles (ex.: concerts, spectacles et festivals d’humour, casinos, événements sportif, équestre ou western) que le voyageur d’agrément moyen;
  • plus porté à camper dans les parcs nationaux ou dans des lieux isolés;
  • plus susceptible d’avoir effectué un voyage au Canada que le voyageur américain d’agrément moyen;
  • visite l’Ontario 2,5 fois plus souvent que le Québec et considère la Colombie-Britannique comme la province la plus attrayante du Canada;
  • utilise Internet autant, sinon plus, que les autres voyageurs d’agrément.

De nouvelles opportunités

Beaucoup de motoneigistes américains ne sont probablement pas propriétaires d’une motoneige, puisque environ 50% des adeptes proviennent d’États situés au sud du pays.

De plus, la majorité de ceux qui ont pratiqué la motoneige l’a fait lors d’une randonnée journalière à l’occasion d’un séjour touristique multiactivités. Par exemple, près de 525 000 motoneigistes qui habitent la région du Pacifique (majoritairement représentée par la Californie) ont réalisé une excursion de motoneige à l’intérieur de la même journée tandis que seulement 160 000 l’ont fait pendant un périple incluant plusieurs nuitées à l’extérieur de la ville.

Traditionnellement, l’offre touristique de motoneige présentée aux Américains s’est toujours concentrée sur le marché limitrophe, ciblant principalement les propriétaires. Le temps est-il venu de modifier quelque peu la stratégie? Devrait-on réviser notre offre de manière à proposer plus de forfaits multiactivités et à mieux satisfaire les aspirations de l’ensemble de la clientèle américaine, incluant celle des États éloignés? De tels forfaits, mis en marché par plusieurs voyagistes, séduisent depuis longtemps la clientèle européenne.

Concluons qu’il existe un potentiel bien réel d’attirer les Américains, mais qu’il subsiste un défi à relever en ce qui concerne leur perception du Québec.

Avec la collaboration de Olivier Payette

Lire aussi:

Capsule – Le développement durable et la motoneige: un défi à relever
La motoneige au Québec: un leader mondial en questionnement
La motoneige en harmonie: deux exemples de réussite
Winter Use Plans, Final Environmental Impact Statement

Sources:
– Chaire de tourisme Transat de l’ESG-UQAM. «Tourisme hivernal – Motoneige», Diagnostic final préliminaire, 21 mars 2003.
– Ontario Ministry of Tourism & Recreation. «U.S. Travel Market; Snowmobiling and ATVing while on trips of one or more nights», Travel Activities & Motivation Survey, avril 2007.
– Ontario Ministry of Tourism & Recreation. «U.S. Travel Market; U.S. Travelers to Quebec», Travel Activities & Motivation Survey, janvier 2008.
– Print Mesurement Bureau, 2008.
– Robbins, Jim. «Judge Rejects Plan for More Snowmobiles at National Parks», The New York Times, 16 septembre 2008.

 

  • J-Charles Fortin

    Je me permettrai d’ajouter qu’il existe également d’autres facteurs qui expliquent la diminution de la clientèle américaine, notamment :

    Le marketing très dynamique de l’Ontario au cours des dernières années…

    La mauvaise réputation que certaines destinations motoneige québécoises se sont faites au fil des ans, les motoneigistes américains se retrouvant régulièrement victimes de vols de motoneiges neuves, de remorques de 25 000$ ou de camionnettes et de VUS luxueux – en certaines occasions, tout à la fois! South of the border, les forums de discussion portant sur la motoneige n’ont pas manqué de relever ces méfaits et un très grand nombre d’internautes y ont mentionné leur désir de mettre fin à leurs périples en sol québécois…

    Et aussi, une pure spéculation, frisant l’opinion personnelle : la possibilité que certains motoneigistes – une clientèle souvent inspirée de l’agenda républicain – aient boudé notre terre francophone suivant le refus de la France de s’investir en Irak…

    Du reste, le marché européen, quoique l’on en dise, demeure sous-exploité. Les exploitants du tourisme à motoneige auraient tout à gagner d’unir leurs efforts dans un exercice de positionnement de la destination plutôt que de tenter de convaincre leurs clients potentiels que c’est leur entreprise la plusse meilleure. Dans un deuxième temps, ces gestionnaires devraient déployer une stratégie de marketing orientée vers les besoins de segments de marché précis plutôt que de développer et de faire la promotion d’une offre de produits la plus large possible, espérant ainsi attraper quelques intéressés au passage.

    Merci de m’avoir lu…

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