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Analyses - 28 mai 2010

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mai 2010

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La liberté de voyager vient avec des obligations…

Il n’est pas nécessaire de faire du bénévolat dans les communautés que l’on visite pour être un voyageur responsable et engagé. «Parler de tourisme responsable, c’est souhaiter que les acteurs impliqués dans le tourisme reconnaissent leur responsabilité», selon Bernard Schéou, professeur et chercheur dans le domaine du tourisme et du développement. À ce titre, le tourisme responsable concerne tant le producteur que le voyageur, et la sensibilisation de ce dernier fait partie du rôle de l’entreprise touristique qui se veut responsable. Pourquoi ne pas inciter le touriste à faire une différence positive en voyageant et à inverser la tendance qui veut que le tourisme soit polluant et exerce un effet négatif sur les populations locales?

Faut-il se priver de vacances pour épargner la planète?

Nous serons 1,6 milliard de voyageurs internationaux en 2020, selon les chiffres de l’Organisation mondiale du tourisme, et c’est sans compter les déplacements intérieurs. Oui, on souhaite réduire le CO2, mais il faut aussi que le touriste apprenne à voyager différemment. Même si l’on observe un fort courant qui tend à faire du touriste un voyageur responsable — diverses étiquettes en témoignent d’ailleurs: écotourisme, slow travel, volontourisme, tourisme équitable, tourisme solidaire, etc. —, il incombe à l’entreprise de sensibiliser ce dernier pour contrer les effets pervers du tourisme.

Le touriste «roi»

Les vacances plongent le voyageur dans un état d’évasion, de plaisir et de nonchalance qui influence son comportement. Loin de son quotidien, il peut être tenté de se croire libéré des réserves habituelles. Certains, souvent par ignorance, adoptent des comportements irrespectueux ou néfastes pour les lieux visités, les habitants et leur culture. D’autres s’imaginent même que leur statut de vacanciers leur permet de se comporter en rois et maîtres dans les lieux qu’ils visitent! Enfin, quelques-uns adoptent une attitude condescendante faisant état d’une supposée supériorité et du niveau de dépendance économique de la région à l’égard du tourisme.

Il serait peut-être bon de rappeler au voyageur qu’il est «en visite» et qu’il doit faire preuve de respect envers ses hôtes, leur environnement et leur culture.

Voyager, c’est une chaîne de responsabilités

Le rôle de l’entreprise ne se limite pas à expliquer au voyageur la logistique d’une prestation; il comprend aussi une dimension éducative. S’il est inutile de formuler une liste d’interdits et d’impératifs, il est toutefois souhaitable de lui faire prendre conscience des enjeux et des conséquences des pratiques touristiques et de la nécessité d’un comportement éthique dans le tourisme comme dans le quotidien.

On peut…

  • jouer sur un registre émotionnel pour susciter une prise de conscience;
  • illustrer au voyageur l’impact de ses actions à l’aide d’exemples frappants (p. ex. l’importance de réduire sa consommation d’eau car un touriste utilise 7 à 10 fois plus d’eau qu’un paysan local en a pour nourrir sa famille et cultiver son champ);
  • démontrer qu’il suffit bien souvent de petits gestes qui ne coûtent rien, qui n’enlèvent rien au confort et qui peuvent faire toute la différence dans les échanges;
  • expliquer la raison d’une surcharge (donner un salaire plus élevé aux employés, entretenir un parc, etc.).

On peut faire cette éducation de façon ludique sur son site Internet, sous forme d’un petit carnet agrémenté de bulles d’informations brèves, pertinentes et dynamiques, de suggestions d’autres voyageurs, d’échanges, de liens à consulter pour en savoir plus.

Préparer le touriste au voyage

Plusieurs voyageurs aimeraient bien participer au mouvement de responsabilisation que l’on observe dans le domaine du tourisme, mais ne savent pas trop de quelle façon le faire. Cela peut débuter par une simple question : Est-ce que je ferais cela chez moi?

Être un touriste responsable, c’est…

  • privilégier des entreprises responsables et ne pas hésiter à poser des questions pour vérifier leurs pratiques;
  • s’informer sur le pays visité pour connaître les us et coutumes des habitants, leur niveau de vie (salaire moyen et pouvoir d’achat pour aller au-delà de la valeur d’échange de notre monnaie, éviter l’affichage ostentatoire de richesse), comprendre leurs valeurs (connaître les codes vestimentaires) et respecter leur religion et leur culture;
  • compenser ses émissions polluantes, utiliser les transports en commun ou des modes de transport moins polluants et planifier son itinéraire en vue de réduire ses déplacements;
  • réduire sa consommation d’eau et d’électricité (climatisation, chauffage, éclairage, utilisation des serviettes, etc.), ne pas polluer, respecter la nature et les espèces menacées, respecter les restrictions émises, recycler, utiliser des piles rechargeables ainsi que des nettoyants et produits de soins corporels biodégradables et réduire son utilisation de plastique;
  • respecter les habitants (demander la permission avant de prendre des photos, ne pas faire preuve d’irritabilité, marchander de façon raisonnable, garder le sourire), être soucieux de la qualité de vie de la population locale, apprendre quelques mots dans la langue du pays;
  • privilégier les entreprises et les produits locaux (hôtels, restaurants, souvenirs, etc.);
  • connaître les critères de qualité, les normes de service, les formulations attendues, la politique de pourboire (distribuer des pourboires en fonction du niveau de vie de la population locale: ne pas en donner peut être considéré comme impoli; à l’inverse, en donner un peut choquer);
  • ne pas encourager la mendicité (argent, bonbons, etc.) et comprendre ses effets pervers, éviter le tourisme sexuel;
  • soutenir des projets de développement dans les pays visités.

Que l’on se rende en Outaouais, dans le Grand Nord québécois, en Europe ou dans un pays du Sud, voyager de façon responsable, c’est la responsabilité de tous les acteurs. Nous pouvons tous faire une différence positive!

Sources :
– Cerf, Marie-Thérèse. «Le Tourisme éthique: Réflexions sur le sens et les principes fondateurs du tourisme éthique, par Alain Etchegoyen», Portail Strabon, http://www.strabon.org/edito/article173.html.
– Euro RSCG Worldwide. «Trend Experts Reveal the Travel Industry’s Quiet Revolution», Hospitality Trends, 18 mars 2010, http://www.htrends.com/article44502.html.
– Kennedy, Doug. «Become a Green Traveler TODAY!», Hospitality Trends, 24 mars 2008,
http://www.htrends.com/article31720.html.
– Organisation mondiale du tourisme. «Global Code of Ethics for Tourism», http://www.unwto.org/ethics/index.php.
– Ruthazer, Alan. «The Color of Conservation: Tips for Going Green Online», Chief Marketer, 14 janvier 2008, http://chiefmarketer.com/green/green_web_site_0115.
– Schéou, Bernard. «Du tourisme durable au tourisme équitable: Quelle éthique pour le tourisme de demain?», coll. Les métiers du tourisme, éd. de boeck, 2009.
– SNAV. «Le livret vert: Tourisme responsable», http://www.snav.org/Snav/public?controller=fr.amadeuspro.fo.StandardContent&sectionID=HomePublic%23Etudes-et-publications%23livret-vert.
– United Nations Environment Programme. «Passeport vert: Holidays for a Living Planet», http://www.unep.fr/greenpassport.

 

  • André Guinnard

    Bonjour Mme Laliberté,
    Vos articles, analyses et commentaires me ravissent à chaque lecture et vont jusqu’à influencer mes interventions politiques en matière de tourisme en Suisse.
    Toutefois, votre analyse du 25 mai “La liberté de voyager vient avec des responsabilités” m’incite a réagir, au retour d’un voyage, sur mandat d’un pays très pauvre, désirant organiser son potentiel touristique.
    Je crois, par expérience et par philosophie, que si l’on veut éviter que le Voyageur, le Propriétaire ou la Grandecompagnie cessent d’exporter leurs modes de vie vers la population locale, ou que les zones émettrices, généralement citadines, veulent éviter que ne se crée chez les autochtones des phénomènes d’amertume et de rejet, il faut prendre le problème par l’autre bout. Autrement dit, il faut d’abord responsabiliser la population d’accueil, plus précisément les acteurs touristiques locaux. Je dis acteurs touristiques et non acteurs politiques. Il n’est pas tolérable que les élus politiques s’occupent de l’opérationnel. Surtout pas!
    Ainsi, dans notre canton du Valais qui héberge notamment Zematt, Crans-Montna,Verbier, Saas-Fée, Nendaz, les politiques ont voulu imposer une nouvelle loi sur le tourisme ,ce qui aurait consacré la primauté des élus et des fonctionnaires dans l’organisations et la gestion de notre tourisme.
    Nous avons lancé un référendum contre le projet de loi en précisant que nous voulons responsabiliser les acteurs du terrain. Cette démarche, toute simple, a ouvert un large débat démocratique… très passionné. Au final, nous avons gagné par un score historique de 76% de refus a la loi proposée.
    Notre questionnement de base était: le tourisme, c’est pour qui, c’est pourquoi…, alors comment? En fait, si l’acteur du terrain est responsable, il ne dit pas au client, à l’hôte, qu’il est invité, il l’invite. Il ne lui dit pas d’économiser l’eau , il installe des chasses d’eau économiques et des robinets économiseurs d’eau. Il ne lui dit pas de consommer local, mais il met en valeur les produits du terroir au restaurant, au marché hebdomadaire et dans les commerces. Il ne lui dit pas de trier ses déchets, mais il organise la déchetterie. Il ne lui reproche pas sa culture ou ses habitudes mais sensibilise et éduque ses enfants en conséquence. Et ça marche! Le tourisme devient responsable, éthique et rentable. De plus, les jeunes se prennent au jeu, passionnément.
    Connaissant assez bien le tourisme québecois, j’ai identifié bien des problèmes qui méritent un nouvel éclairage à la lumière de la réflexion ci-dessus. Comme chez nous d’ailleurs.
    Je vous adresse un grand bonjour et mes amitiés de Verbier en Suisse en espérant avoir l’honneur de vous rencontrer un jour.

    André Guinnard

    • Michèle Laliberté

      Bonjour M. Guinnard,

      Votre commentaire est à la fois juste et pertinent. Vous avez raison lorsque vous dites que la responsabilisation est préférable à la législation et qu’il faut mettre en place les mécanismes pour que le tourisme s’exerce de façon responsable sans que le touriste soit «bombardé» de restrictions. Il faut que le politique travaille de concert avec les acteurs touristiques pour que chacun joue son rôle adéquatement et que tous travaillent à développer un tourisme responsable et durable. De plus, le touriste a une responsabilité lorsqu’il voyage et il faut qu’il en soit conscient.

      Cordiales salutations.
      Michèle Laliberté

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