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Analyses - 21 juin 2010

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juin 2010

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Programmes de compensation des gaz à effet de serre : Portrait de la situation en Amérique du Nord

L’achat de crédits compensatoires visant à réduire l’empreinte carbone est une pratique controversée qui s’est répandue dans le monde au cours de la dernière décennie. La compensation vise la neutralisation des effets des émissions de carbone par l’extraction du carbone de l’atmosphère ou par la réduction des émissions produites ailleurs. De nombreuses méthodes de compensation ont été mises en place, de la plantation d’arbres (séquestration biologique) à la production d’énergie renouvelable (parcs éoliens). Il existe également un marché fournissant des services de compensation aux entreprises et aux particuliers. Les clients n’ont qu’à payer les fournisseurs de crédits compensatoires qui, eux, financent des projets de compensation. Cependant, les projets ne sont pas tous efficaces et chaque achat de crédits doit être effectué pour un projet «additionnel» par rapport aux projets existants. Dans le cadre du marché non réglementé actuel, les questions de «permanence» et d’«additionnalité» sont difficilement garanties. Plusieurs normes et certifications volontaires ont été introduites par l’industrie de la compensation, dans le but d’adopter des pratiques valables, mais même ces normes sont controversées. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a instauré la Gold Standard, la norme volontaire la plus prestigieuse et la plus réputée. Le peu de connaissances des consommateurs à propos de la compensation, le manque de transparence du marché et le doute par rapport à l’efficacité des crédits de carbone sèment la confusion parmi les consommateurs et les entreprises envisageant de recourir à la compensation.

Une étude réalisée en 2010 par R. Dodds et al., “Carbon Offsetting Programs in North America: Assessing the Involvement of the Hospitality and Tourism Industry”, a évalué le marché actuel des crédits compensatoires en Amérique du Nord et l’adoption de ces crédits par l’industrie touristique. Les responsables de cette étude ont contacté 50 fournisseurs de crédits de carbone de l’Amérique du Nord. De ces 50 fournisseurs, 20 ont participé à une entrevue téléphonique. L’étude visait à déterminer 1) la situation du marché de la compensation volontaire en Amérique du Nord et 2) le degré de participation actuel de l’industrie touristique à l’atténuation des changements climatiques.

Principaux résultats de cette étude

La compensation et l’industrie touristique
L’étude a permis de constater que, dans l’ensemble, l’industrie touristique est celle ayant le plus souvent recours aux services de fournisseurs de crédits de carbone, ce qui représente 19% du marché de la compensation. Parmi les secteurs de cette industrie:

  • Les festivals et événements utilisent le plus ces services, comptant pour 5% du marché.
  • Les croisières les utilisent le moins, se traduisant par un maigre 0,2% de la clientèle.

Quinze pour cent des répondants ont affirmé que l’industrie du tourisme représentait au moins 75% de leur clientèle; par ailleurs, 32% des répondants ne comptaient aucun membre de cette industrie parmi leurs clients.

Les répondants ont surtout identifié les coûts (40%) et le manque de connaissances (40%) comme obstacles à l’achat de crédits par l’industrie touristique, et 85% des répondants s’accordaient pour dire qu’il y a confusion sur le marché à propos de la compensation.

Pratiques des fournisseurs de crédits compensatoires
Les projets d’énergie renouvelable et de séquestration biologique sont les types de projets les plus communs, chacun étant entrepris par 65% des fournisseurs. Les autres types de projets les plus communs sont:

  • les projets d’éconergie (30%);
  • le captage du méthane (40%).

La moitié des répondants ont affirmé que la séquestration biologique était le type de projet le plus populaire auprès des clients.

L’étude a également permis de conclure qu’il existe de nombreuses normes et certifications, les répondants en ayant identifié 14. La norme la plus répandue est la Voluntary Carbon Standard (VCS). Quatre répondants ont adhéré à la Gold Standard, norme la plus connue dans le monde. Quant à savoir laquelle de ces méthodes est la plus fiable, les répondants ont affirmé que l’additionnalité est mieux garantie par les normes (67%) et la vérification par un tiers (44%).

Mesures nécessaires

Les résultats indiquent que, peu à peu, l’industrie du tourisme prend des mesures pour atténuer les changements climatiques. Bien que le secteur des festivals et des événements adopte souvent des pratiques de compensation de carbone, plus d’efforts devront être effectués pour contrer les changements climatiques, surtout dans le secteur du transport. Selon cette étude, il est difficile de découvrir si l’industrie achète des crédits de carbone par souci pour l’environnement ou pour répondre à la demande des consommateurs; il est également difficile de savoir si les fournisseurs de compensations soutenus par l’industrie satisfont ou non aux normes de qualité.

Le récent ralentissement économique a montré que l’industrie est grandement influencée par les prix. Les coûts associés à l’adoption de pratiques de compensation sont donc considérés comme un obstacle important à l’achat de crédits par l’industrie touristique.

En fonction des résultats de cette étude, Dodds et al. (2010) demandent aux gouvernements de réglementer davantage le marché de la compensation volontaire, afin qu’il puisse s’appuyer sur des normes plus claires et sur une obligation de rendre des comptes de façon transparente. La sensibilisation accrue de l’industrie aux changements climatiques et aux crédits compensatoires est également nécessaire, puisque le manque de connaissances en ces matières est soulevé par de nombreux répondants (40%); pourtant, la sensibilisation des clients ne fait pas partie des pratiques de bon nombre de fournisseurs de crédits. Certaines compagnies aériennes offrent maintenant à leurs clients des crédits de carbone à l’achat, mais peu d’entre eux connaissent le concept ou encore leur fonctionnement.

Étant donné que la demande en matière de compensation devrait augmenter en même temps que les consommateurs se familiariseront avec cette pratique, la réglementation et la diffusion des connaissances seront nécessaires. Si les gouvernements instaurent une réglementation fiable, les consommateurs auront davantage confiance en la valeur de leurs crédits de carbone. Sans cette réglementation, toutefois, un certain nombre de recommandations devront être envisagées, et l’industrie touristique devra faire preuve de prudence en adoptant des pratiques de compensation. Il lui faudra choisir des fournisseurs de crédits qui peuvent rendre compte de leurs méthodes et de leurs projets de compensation de façon transparente. L’industrie touristique devra également se familiariser avec les différentes méthodes et questions portant sur la compensation, telles que l’additionnalité et la permanence, et rechercher les normes les plus fiables.

L’industrie doit savoir que la compensation n’est pas une solution aux problèmes liés aux changements climatiques, mais qu’elle fait plutôt partie d’une stratégie holistique pour atténuer son impact sur l’environnement. La compensation devrait être incorporée dans une stratégie d’atténuation touchant l’ensemble du système et soutenue par une sensibilisation rigoureuse aux changements climatiques.

¹ «Un projet de compensation est “additionnel” s’il n’existe pas déjà. Cela signifie qu’il n’aurait pas vu le jour sans le financement supplémentaire issu de la vente de crédits de carbone.» (David Suzuki Foundation, 2009) Ce n’est qu’en appliquant le concept d’additionnalité que le programme de compensation peut avoir un effet bénéfique net sur le climat.

Source:

– Dodds, R., Bessada, T., Garcia-Arredondo, J., McDougall, A., and Thiesen, N. “Carbon Offsetting Programs in North America: Assessing the Involvement of the Hospitality and Tourism Industry”, 2010

 

Rachel Dodds, professeure, Ted Rogers School of Hospitality & Tourism Management, Ryerson University

Rachel Dodds est reconnue à travers le monde en tant qu’experte du tourisme durable. Elle est professeur à la Ted Rogers School of Hospitality and Tourism Management à l’Université de Ryerson et directrice de la firme de consultants Sustaining Tourism. Elle est l’auteure des livres “Power and Politics” et “Sustainable Tourism in Islands”. Ses champs d’expertise se concentrent sur le tourisme durable, les changements climatiques et la responsabilité sociale des entreprises. Elle est titulaire d’un Ph.D. de l’Université de Surrey en Angleterre et d’une Maîtrise en gestion du tourisme de l’université de Griffith en Australie. Elle est membre fondatrice de la Canada’s Icarus Foundation, participe au Sustainability Council for the Tourism Industry Association et est ex-membre de la Travel and Tourism Research Association of Canada. Elle a vécu et travaillé sur quatre continents et a voyagé dans plus de 75 pays. 

Champs d’expertise:

  • Tourisme durable
  • Changements climatiques
  • Responsabilité sociale des entreprises

Site de l’institution

Voir les analyse de Rachel Dodds

 

  • Pierre Buisson

    Mme Dodds,

    Je vous invite à lire l’excellent livre d’Hervé Kempf “Pour sauver la planète, sortez du capitalisme” aux éditions Seuil. Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas un ouvrage marxisant.

    Cordialement

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