Pour faire rayonner la culture en milieu rural

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Julie Payeur Julie Payeur

Plusieurs méthodes existent pour adapter les projets culturels aux réalités des territoires ruraux. La mobilité et la multidisciplinarité deviennent les clés pour mener vers la réussite.

Un territoire avec une vitalité et un dynamisme culturel contribue à rendre l’expérience touristique québécoise unique et authentique. C’est également une voie de développement et d’attractivité qui génère un sentiment de fierté dans les communautés et enrichit les milieux de vie.  

L’implantation de nouveaux projets culturels pour animer un lieu demande bien plus que de bonnes intentions. Les projets doivent être intégrés de façon harmonieuse à leur environnement d’accueil. Cela nécessite une connaissance du territoire et de ses réalités. Des collectivités françaises témoignent d’initiatives heureuses qui misent sur la mobilité et la multidisciplinarité des lieux. 

Mobilité : favoriser l’accès à la culture

Dans certains cas, les problématiques des milieux ruraux deviennent des facteurs stimulants et créatifs. Le manque de lieux de diffusion, par exemple, devient une occasion pour les artistes de déployer des projets itinérants qui permettent d’aller à la rencontre des habitants et des visiteurs dans des cadres uniques. 

Ne disposant pas d’un lieu permanent, la Maison CDCN en Occitanie (France) a imaginé un studio mobile qui sert à la fois de local de danse et d’espace de représentation. Depuis 2018, l’objectif du projet est d’être un lieu de création pour les artistes et un outil de lien social et de sensibilisation à la danse. Les concepteurs souhaitent également se rapprocher des habitants et réaliser un maillage sur le territoire tout en permettant la circulation des œuvres. Ils ont créé un dispositif complètement flexible, pouvant s’adapter à l’espace qui l’accueille tel que des salles polyvalentes, des lieux patrimoniaux ou des parcs de quartiers (voir la vidéo suivante). Pour la directrice, Liliane Schaus, il est nécessaire de préparer les habitants avant d’installer le studio mobile dans un village. Une rencontre s’effectue avec les élus et les associations culturelles locales afin de coconstruire le travail d’éducation artistique qui sera réalisé. La responsable affirme également que son projet crée un lieu de rencontre pour la population en plus de favoriser l’accessibilité à la culture. 

 

 

En fonction des projets du studio mobile, des mallettes pédagogiques sont conçues pour faire découvrir la danse et développer le sens critique du public lors des séances d’analyse. Le but de ces idées de médiation et d’éducation est de créer un pont avec l’artiste et son œuvre, et de permettre au spectateur d’expérimenter et d’avoir sa propre perception sur la danse. 

Quant à la galerie d’art 2SO, celle-ci mise sur la mobilité pour offrir un outil de médiation culturel plaçant la population des communes Somme Sud-Ouest (Nord de la France) au cœur de la démarche. Les créateurs du projet ont fait le choix que les habitants soient les créateurs des œuvres exposées. Elles sont le résultat de rencontres, de découvertes et de création avec des artistes professionnels pendant plusieurs mois. Pour que l’ensemble de la population puisse y avoir accès, la galerie se déplace dans différents lieux sur le territoire. Selon l’endroit choisi, différentes animations sont également proposées. 

Un maillage agro-culture réussi

La réussite de projets en milieu rural est possible par la mise en place de collaborations entre acteurs issus de différents milieux qui partagent le même territoire.

D’après l’association culturelle Opale, la réussite de projets en milieu rural est possible par la mise en place de collaborations entre acteurs issus de différents milieux qui partagent le même territoire. De nombreux projets liant culture et autres disciplines visent dès leur origine à insuffler une dynamique sociale, voire économique. Selon le Réseau rural national français, ces activités peuvent également jouer un rôle d’attractivité du territoire en contribuant à attirer de nouveaux résidents. Par exemple, les cafés culturels répondent à la fois aux besoins de promotion et de création artistique ainsi qu’au besoin de cohésion sociale des habitants.  

Le projet associatif Polymorphe Corp. a débuté en 2018 au nord de la région d’Auvergne en ayant comme objectif d’agir pour la revitalisation du territoire par la culture et l’agriculture. Les responsables souhaitent prouver aux jeunes générations que la vie en campagne est porteuse d’avenir. Leur arrivée sur un site agricole en déclin a permis à la fois la revalorisation des activités, mais également le développement d’une offre culturelle pratiquement inexistante dans la région. 

Ce tiers-lieu agricole et culturel se veut : 

  • Un espace de rencontre et de convivialité ;
  • Un espace de création, de fabrication et de diffusion ;
  • Un espace de démonstration du potentiel rural. 

Source : Polymorphe Corp

L’offre d’activités est riche et variée : ateliers d’arts plastiques, d’artisanat et de spectacle vivant côtoient les projets de médiation culturelle, les expositions, les concerts et les représentations dartistes en résidence. S’ajoutent à tout cela, des stages en permaculture et des chantiers participatifsdes citoyens peuvent apprendre de nouvelles compétences manuelles tout en aidant à l’entretien ou à la rénovation du site. Ainsi, la richesse du patrimoine naturel et immatériel est mise de l’avant en plus d’une transmission des savoir-faire. L’association participe également à des évènements (tables rondes, rencontres, conférences) touchant la thématique des tiers-lieux et de l’art en milieu rural. La vidéo suivante présente les activités de l’association. 

 

 

Depuis près de 30ans, le Run Ar Puñs, un café-concert situé à Châteaulin, offre un espace de vie stimulant pour les habitants de la région. Ces derniers peuvent profiter d’une offre pluridisciplinaire et variée en plus d’entrer en contact avec des artistes de tous horizons. Le site se veut également un lieu de rencontre, d’échange et d’accueil pour la relève artistique. Un bar et un marché public se trouvent aussi sur place. 

Source : Run Ar Puñs

Depuis l’été 2021, le site de Run Ar Puñs connaît de nombreux travaux d’agrandissement et de rénovations pour la création de nouveaux espaces qui valoriseront davantage le territoire. Pour le nouveau restaurant par exemple, celui-ci va bien au-delà de la vocation économique. Pour Solenn Rolandon, chargée des actions culturelles et du développement territorial, il : « s’inscrit dans une volonté plus globale de proposer d’autres manières de produire et de s’alimenter à une échelle locale. Il porte des valeurs d’accessibilité, de mixité, de convivialité et de partage. […] L’enjeu est de sensibiliser à l’alimentation durable et à une agriculture paysanne respectueuse du vivant ». Bien que des activités agricoles soient déjà présentes sur le site, l’ajout d’une nouvelle exploitation agricole permettra de rassembler plusieurs produits locaux sur place. 

 

Ces différentes initiatives visent un tourisme plus « social » ou de « rencontre », autour d’activités partagées avec des artistes et la population. Les habitants se trouvent au cœur même de la réussite des projets culturels.  

Pourrait-on imaginer ce genre de projet au Québec ? 

 

Image à la une : Pexels