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Analyses - 3 août 2010

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Tourisme rural: le cas de la Finlande

Le tourisme rural constitue une avenue intéressante pour le développement des régions ressources. Certains acteurs ont démontré qu’il existe une demande réelle pour ce type de produit. Les activités associées au tourisme rural sont certes compatibles avec la tendance de la quête d’authenticité des voyageurs. Munie d’une nouvelle politique nationale du tourisme rural, la Finlande prend les moyens pour structurer son offre afin de diversifier son économie régionale et de lui donner un second souffle.

Qu’est-ce que la ruralité touristique?

Le tourisme rural n’est pas simple à définir. Pour certains, il s’agit d’une forme de tourisme alternatif se déroulant en milieu rural, souvent chez les agriculteurs. Dans ce cas, on parlera d’agrotourisme. Pour d’autres, il réfère au tourisme chez l’habitant, chez les gens du pays. Le tourisme rural englobe une variété d’activités, allant de la randonnée à la visite de vignobles, en passant par l’agrotourisme et le vélo. Mais encore faut-il établir ce que représente la ruralité. L’Encyclopédie de l’Agora propose la définition suivante: «L’espace rural se caractérise par une densité de population relativement faible, par un paysage à couverture végétale prépondérante, par une activité agricole relativement importante, du moins par les surfaces qu’elle occupe.» L’autre élément très subjectif concerne le critère servant à distinguer une ville d’un milieu rural. Ce seuil est fixé, selon la densité du pays, à un nombre d’habitants limite par agglomération. Voici quelques exemples.

  • Scandinavie, entre 200 et 500
  • Canada, 1000
  • France et Allemagne, 2000
  • États-Unis et Mexique, 2500
  • Inde et Autriche, 10 000
  • Japon, 50 000

Qui sont les «touristes ruraux»?

Une étude de l’Institute for Tourism and Recreational Research in Northern Europe réalisée sur le marché allemand permet de mieux comprendre les motivations de cette clientèle. Lorsqu’on leur demande spontanément à quoi correspond le tourisme rural, 43% des répondants pensent à des vacances à la ferme et 17% à des vacances à la campagne. Voici les motivations les plus importantes pour les «touristes ruraux» par rapport à l’ensemble des voyageurs:

  • famille et retrouvailles;
  • nature et santé.

Quant aux facteurs suivants, ils sont aussi importants que pour les autres touristes:

  • ressourcement (relaxation, temps libre, «recharger ses batteries»);
  • contacts (activités collectives, échanges avec la population locale, création d’amitiés);
  • sports.

Les répondants décrivent (graphique 1) d’abord leurs dernières vacances rurales comme étant l’occasion de relaxer (47%) et d’être dans la nature (46%). Les Allemands dépensent en moyenne 66 euros par jour pendant un séjour de tourisme rural à l’international, comparativement à 72 euros pour l’ensemble des vacanciers.

La Finlande y croit

Au cours des dernières décennies, les régions rurales ont vécu d’importantes difficultés en raison de certaines économies en transition. De nombreuses régions cherchent à revitaliser renouveler leur économie et explorent d’autres industries comme celle du tourisme. C’est le cas de la Finlande qui a choisi de miser sur le développement du tourisme rural pour remplacer ses économies régionales en déclin. Le secteur du tourisme rural finlandais se compose de quelque 3600 microentreprises familiales. Elles génèrent annuellement un chiffre d’affaires de 410 millions d’euros et emploient l’équivalent de 5736 personnes-années. Plus de 69% des entreprises sont actives à l’année, mais seulement le quart considère le tourisme comme leur principale activité. Le taux d’occupation varie sensiblement selon les saisons: il se situe à environ 50% durant l’été, mais il peine à atteindre les 15% pendant les autres saisons. Néanmoins, 90% des entreprises offrent l’hébergement, 58% la restauration et 67% d’autres types d’activités touristiques. En l’an 2000, le gouvernement a dévoilé une politique nationale du tourisme rural. On considère que ce secteur d’activité n’a pas encore été développé à son plein potentiel et qu’une aide additionnelle est nécessaire. Un groupe de travail a mis en place une «Vision du tourisme rural pour 2020», dont le principal objectif consiste à rendre compétitives et prospères les PME de ce secteur. Voici quelques objectifs quantitatifs visés:

  • un taux de croissance annuel des visiteurs domestiques de 3% (5% à l’international);
  • un taux de croissance du nombre d’emplois de 15%;
  • un taux d’occupation de l’hébergement annuel moyen de 50%;
  • une proportion de 40% des recettes provenant de la clientèle internationale.

Quant au taux d’occupation, des experts finlandais se sont montrés sceptiques, jugeant cet objectif irréaliste. Parmi les nombreux autres objectifs du plan stratégique et les outils mis en place, on compte la volonté de rehausser le niveau d’expertise des entrepreneurs à l’aide de formations spécialisées.

LEADER: un programme européen concret

Parallèlement au programme finlandais, il existe une initiative européenne, LEADER (Liaisons Entre Actions du Développement de l’Économie Rurale), qui a connu du succès non seulement en Finlande, mais aussi en Irlande et en République tchèque. Voici une application de LEADER qui a amélioré la performance du tourisme rural dans la région finlandaise de Vammala. L’agence de développement de la région finlandaise a constaté un manque de compétence vis-à-vis la clientèle internationale et la faible maîtrise de l’anglais en entreprise. Pour combler ces lacunes, un comité de LEADER a d’abord repéré deux autres régions, en Italie et en Espagne, aux prises avec les mêmes problèmes. Après quelques cours intensifs d’anglais, des événements de réseautage ont été organisés successivement dans les trois pays. L’exécution de ce projet a permis à une quinzaine d’entreprises d’améliorer leurs habiletés de communication interculturelle tout en étudiant d’autres exemples de bonnes pratiques de tourisme rural. L’initiative a été un succès: les participants ont acquis de nouvelles idées issues de cultures différentes en plus d’être mieux préparés à accueillir la clientèle internationale. Ce projet a coûté 73 000 euros.

Une initiative québécoise digne de mention

Pour conclure, mentionnons une initiative québécoise intéressante en lien avec le tourisme rural. En réaction aux fermetures d’usines forestières et aux pertes d’emplois, quatre villages dans les Hautes-Laurentides se sont associés pour explorer de nouvelles avenues de tourisme rural. Il s’agit de Lac-du-Cerf, de Kiamika, de Notre-Dame-de-Pontmain et de Saint-Aimé-du-Lac-des-Îles, des municipalités comptant de 400 à 800 âmes. Ces municipalités se sont concertées pour créer un village d’accueil, produit destiné à la clientèle européenne. Après 18 mois de planification, le Village d’accueil des Hautes-Laurentides regroupe une cinquantaine de familles et d’artisans prêts à accueillir les touristes. Après un début modeste de 300 nuitées la première année, le succès du concept se matérialise en 2009 avec plus de1800 nuitées. Le réseau d’hébergement des familles a été étendu à l’ensemble du territoire de la MRC Antoine-Labelle pour répondre à la demande. Le Village a mérité le prix de l’organisme rural de l’année à l’occasion des Grands Prix de la ruralité 2009. Il est permis de croire que la ruralité touristique au Québec n’a pas encore pris son plein envol. Les régions, dans une approche globale et concertée, gagneraient à structurer davantage leur offre en ce sens. Sources: – Hall, C. Michael, Dieter K. Müller et Jarkko Saarinen. «Rural Tourism: Tourism as the Last Resort?», Nordic Tourism – Issues and Cases, 2009. – Heneghan, Maria. «Structures and Processes in Rural Tourism», Rural Development Center, 2002. – Komppula, Raija et Saila Saraniemi. «Export Success Determinant in Rural Tourism», University of Joensuu, 2008. – Rinne, Petri et Philip Wade. «A LEADER Dissemination Guide Book», Finnish Rural Policy Committee, mai 2008. – The Rural Policy Committee. «Rural Finland 2015 The future operating environment of rural development work», juillet 2006. – Winkler, Karen. «New trends in tourism demand and their implications for rural tourism», Institute for Tourism and Recreational Research in Northern Europe (N.I.T.), 2007. – Wirekoski, Raija. «Rural Policy in Finland», Theme Group on Tourism, 2000. – Village d’accueil des Hautes-LaurentidesScotland. National Rural Network

 

  • Villa Trümpy

    Excellent article très bien écrit, clair, intéressant. Sans trop développer, je voulais juste souligner que j’ai trouvé ton article très instructif!

  • Maeva

    Le tourisme rural mérite à être connu, parce qu’il désenclave les zones peu fréquentées en dynamisant l’économie, tout en préservant les coutumes des localités. C’est aussi un moyen de mieux répartir géographiquement la fréquentation touristique sur le territoire et d’en faire profiter tout le monde, tout en diversifiant les produits/services proposés par la destination. Les villages d’accueil sont une belle initiative, un concept qui peut également fonctionner à l’échelle d’une quartier moins fréquenté d’une ville (on voit apparaître un réseau de chambres d’hôtes associé à des promenades touristiques dans les quartiers nord de Marseille). La collaboration multipartite est essentielle dans ce genre de démarche.

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