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Analyses - 4 avril 2011

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L’écotourisme, trois décennies plus tard

Terme galvaudé, concept dénué de son essence même qu’est le milieu naturel, phénomène difficile à quantifier, acteurs multiples aux horizons divers… Au fil des expériences, les approches participatives favorisent un développement plus harmonieux et orientent les projets sur la voie de la réussite. Dans le livre «L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux: entre conservation, participation et marché», universitaires, chercheurs et spécialistes, sous la direction de Christiane Gagnon, analysent l’évolution du concept de l’écotourisme en plus d’y présenter une dizaine d’études de cas.

La sensibilisation de la population et la protection de l’environnement inscrite à l’agenda de nombreux gouvernements multiplient les projets de conservation et contribuent à l’essor de l’écotourisme.

Les aires protégées servent de produits d’appel et sont perçues aujourd’hui comme des destinations de grande qualité environnementale. L’écotourisme semble la forme de tourisme la plus appropriée aux parcs nationaux.

Remettre les pendules à l’heure

Il s’avère difficile de quantifier les activités écotouristiques. Selon Christiane Gagnon, professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi et codirectrice du Centre multiuniversitaire de recherche sur le développement territorial, le préfixe éco est galvaudé et utilisé à toutes les sauces. Étiqueter un projet de cette dénomination exige d’aller voir à l’arrière-scène quelles sont les politiques et les pratiques exercées. Pour Bernard Schéou, maître de conférences à l’Université de Perpignan Via Domitia et chercheur au Centre d’études sur la mondialisation, les conflits, les territoires et les vulnérabilités à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, l’écotourisme est devenu incontournable avant tout parce qu’il est vendeur plus pour les hommes politiques, les experts, les institutions internationales, les journalistes et les universitaires que pour ceux qui le mettent en œuvre dans les destinations.

Avec l’évolution de ce tourisme aux pratiques alternatives et responsables, il semble que ce concept a quelque peu délaissé la base même, qui est le milieu naturel, pour se concentrer essentiellement sur le développement durable. Bernard Schéou souhaite «débarrasser le concept d’écotourisme de toutes les projections qu’il véhicule»:

  • l’emploi du mot, parce qu’il est vendeur, est vidé de sa signification;
  • l’espace naturel est le lieu de l’activité écotouristique;
  • l’écotourisme n’est pas un synonyme de tourisme durable;
  • la composante éducative fait partie intégrante du concept de l’écotourisme.

Pour Christiane Gagnon, l’écotourisme, c’est la conservation et la mise en valeur de l’environnement naturel par le biais du développement durable; au milieu naturel se jouxtent les dimensions environnementales, éducatives, sociales, culturelles et économiques.

L’objectif écologique de l’écotourisme étant la conservation de la ressource à long terme, Bernard Schéou soutient qu’ouvrir des sites, même sensibles à la pression touristique, pourrait être une façon de sensibiliser les touristes et les populations à la protection de l’environnement. Idéalement, l’écotourisme devrait être bénéfique aux aires protégées de deux façons: d’une part, en générant de l’argent pouvant servir à gérer et à préserver les habitats naturels et les espèces; d’autre part, en offrant un moyen permettant d’accroître l’intérêt des usagers pour la conservation tout en distribuant les revenus aux communautés locales.

Multiples intervenants, horizons divers

On ne peut réduire l’écotourisme à la seule dimension de la protection de l’environnement. La question de la gouvernance et de la participation des communautés locales est au cœur de l’écotourisme. Les acteurs territoriaux (opérateurs privés, publics ou associatifs, communautés d’accueil, organisations internationales, gouvernements, autorités locales, touristes) ne parlent pas tous d’une même voix, ni autour d’une même table. Ils ont des attentes et des objectifs tantôt divergents, tantôt convergents. Les divers intervenants souhaitent autant atteindre des objectifs de conservation et de développement durable que faire des bonnes affaires. Les parties reconnaissent la nécessité de partager non seulement les bénéfices, mais aussi les responsabilités.

Hector Ceballos-Lascuráin, architecte environnemental, consultant international en écotourisme et directeur général du Programme international de consultation sur l’écotourisme (PICE), estime que les destinations qui savent assurer une coordination efficace des différents intervenants concernés affichent la meilleure performance dans le domaine écotouristique (p. ex. Costa Rica, Équateur, Afrique du Sud, Kenya, Australie et Nouvelle-Zélande).

L’écotourisme, un créneau favorisant le développement viable des communautés locales

La participation ou gouvernance participative constitue l’une des caractéristiques de l’écotourisme. Elle devrait structurer l’offre. Pour Bernard Schéou, cette démarche, qu’il qualifie de nouvelle religion du monde du développement, est en passe d’acquérir le même statut magique que l’écotourisme. Cependant, même si les approches participatives ne sont pas gagnées d’avance, elles sont tout de même un net progrès par rapport aux approches précédentes qui imposaient un développement à des populations qui n’en voulaient pas. Leur succès repose sur la manière d’envisager la participation, non pas comme un moyen d’atteindre un objectif de développement préalablement déterminé, mais plutôt comme un exercice de liberté, un moyen de maîtriser collectivement son destin. La perspective d’une participation éthique correspondrait à la mise en place de rapports équitables tant sur le plan économique que décisionnel.

Quatre métaprincipes caractérisent ce modèle:

  • la prise en compte et la réponse aux besoins des communautés hôtes;
  • la valorisation de la conservation de l’environnement;
  • la contribution équitable au développement économique local;
  • la génération d’une expérience touristique nouvelle, authentique et responsable, intégrant la dimension éducative de celle-ci.

Les conditions pour que les projets contribuent au développement équitable et viable des territoires peuvent se résumer ainsi: la croissance de l’écotourisme doit être limitée et encadrée; les profits qu’il génère doivent viser à améliorer la qualité des ressources naturelles, culturelles et sociales des communautés locales et des groupes sociaux fragilisés; et les projets d’écotourisme doivent être réalisés par les acteurs territoriaux.

Un prochain texte présentera quelques cas pratiques publiés dans ce livre.

Source:

– Gagnon, Christiane et al. «L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux: entre conservation, participation et marché», sous la direction de Christiane Gagnon, Presses de l’Université du Québec, Collection tourisme, Québec, 2010, 259 p.

 

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