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Analyses - 8 août 2012

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La curation comme remède à l’infobésité

Internet s’est progressivement imposé pour les marques et les médias traditionnels comme un vecteur de communication incontournable et désormais prioritaire. Le Web 2.0 a placé l’internaute au cœur du système de production de contenus, le propulsant du rôle de spectateur à celui de contributeur. Tant et si bien que la production de contenus semble aujourd’hui exponentielle et infinie. Cette surabondance d’information, vécue par chacun d’entre nous au quotidien, peut être perçue comme une vraie souffrance, on parle même d’infobésité (contraction d’information et obésité).

La première édition des Franco-québécoises du e-tourisme s’est tenue à Montréal les 20 et 21 juin dernier. Une vingtaine de participants se sont réunis et ont ensuite présenté les fruits de leur réflexions auprès d’intervenants de l’industrie touristique. Voici un aperçu des conclusions sur le thème de la veille et de la curation. 

La «corne d’abondance» de l’information peut générer chez les professionnels de l’industrie touristique: 

  • une certaine anxiété à ne manquer aucune information et à devoir trier l’ivraie du bon grain. Trop souvent, l’urgence détermine aujourd’hui la une de l’actualité et paradoxalement, de moins en moins son importance. Ce qui traduit pour les médias une certaine volonté à donner immédiatement un sens à des phénomènes émergents au détriment des tendances de fond pourtant bien plus influentes;
  • une paralysie à prendre des décisions. Un phénomène amplifié par le fossé qui se creuse naturellement et progressivement entre la détection des tendances et leur mise en œuvre sur le terrain.

Sans en être la panacée, la veille stratégique et la curation peuvent agir contre ces nouveaux maux et permettre de prendre du recul en s’appuyant sur le travail des spécialistes.

De nouveaux métiers de traitement de l’information

On fait souvent à tort l’amalgame entre veille et curation (lire aussi: La «curation», un nouveau métier du Web?). Si un travail de sélection de l’information en amont est commun aux deux activités, la différence réside notamment dans la dimension de subjectivité et de partage. Mais comme l’habit ne fait pas le moine, l’outil ne fait pas le contenu. Parmi les nombreuses solutions de curation, on constate que beaucoup de «curateurs» éludent la dimension éditoriale et analytique. En agissant de la sorte, ils perdent le sens et l’essence fondamentale de ce nouveau métier. Il est essentiel de ne pas confondre ces outils de curation avec des «agrégateurs sociaux de l’information» comme les Flipboard et Paper.li, dont le principal objectif est de vous livrer automatiquement l’information la plus partagée au sein de votre communauté, rôle qu’ils remplissent plutôt bien soit dit en passant.

 Ainsi, le curateur devra exercer plusieurs métiers à la fois; il sera un expert dans son domaine, un gatekeeper garant de l’information et un rédacteur en chef numérique pour l’«éditorialisation» et le partage.

Concrètement, son quotidien sera rythmé par différentes étapes (libre traduction de Master New Media):

  • organiser sa veille autour d’un sujet de prédilection;
  • maîtriser les outils et le langage du métier;
  • sélectionner l’information pertinente;
  • vérifier ses sources et créditer clairement les auteurs sans s’approprier leur travail;
  • apporter son analyse personnelle;
  • «éditorialiser» le contenu et le partager sur les outils appropriés;
  • animer sa communauté et fédérer un réseau d’expert;
  • analyser les retours et adapter sa curation en conséquence.

Enfin, le curateur n’en attendra pas forcément de bénéfice financier. Il pourra trouver une certaine satisfaction dans la confiance accordée par sa communauté, ainsi qu’un certain épanouissement dans le développement de son «aura numérique» qui viendra entretenir son personnal branding.

Tant les individus que les organisations qui souhaitent se positionner comme une référence ou consolider leur e-réputation y voient une occasion de rayonnement.

L’enjeu de la fiabilité de l’information

Paul Arsenault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l’ESG-UQAM, a émis une mise en garde: «le curateur peut se tromper et diffuser de l’information sans valider la source». Selon lui, même les experts peuvent succomber à la pression d’être les premiers à publier l’exclusivité. À l’ère de l’instantanéité, «la vitesse tue la richesse de l’information rappelle-t-il, et peut faire perdre le recul critique nécessaire à une curation de qualité». En s’empressant d’analyser les tendances qui apparaissent, on contribue à la mutualisation des informations déficientes et redondantes. L’objectif final de la curation, c’est de fournir un sens à tout ce contenu, et non d’ajouter de l’information, d’où l’importance de l’élément éditorial. 

Le chaînon manquant

Selon le panel d’experts, un fossé existe entre la veille stratégique et la mise en pratique. Les spécialistes de la veille ou de la curation ont tendance à oublier les réels besoins de l’utilisateur. François G. Chevrier, directeur d’ATR associées du Québec, constatait: «On rend le prestataire plus connaissant, mais on ne le rend pas plus habile!»

Afin d’aider les prestataires dans leur prise de décision ou leur exécution, il faudrait cibler davantage le contenu, soit à l’échelle sectorielle ou à celle de l’entreprise, et éviter de les étouffer sous une montagne de renseignements. Bien que ce travail soit déjà bien fait dans certains secteurs (notamment, en hôtellerie et dans la vente de voyages), ce service à valeur ajoutée est un avantage compétitif qui a une valeur monétaire sur le marché. La veille et la curation forment des maillons de la chaîne, mais ne sont pas une finalité. Néanmoins, en vulgarisant l’information en matière d’enjeux sectoriels, on permettrait aux prestataires de mieux s’approprier les connaissances.

Recommandations

Le premier principe est que toute décision doit être fondée sur la connaissance des clientèles. Il importe de toujours se soucier de l’interlocuteur. Cependant, il pourrait aussi s’avérer intéressant de créer un espace d’échanges entre les veilleurs/curateurs et les utilisateurs.

De plus, encore peu d’individus sont intéressés à intégrer la veille dans leur façon de travailler et dans la culture d’entreprise. Il faudrait susciter des vocations en traitement de l’information dans les organisations.

Enfin, pour une veille plus efficiente, il y a un besoin accru d’«éditorialisation»:

  • diffusion interne (synthèse des veilles à l’intérieur des organisations, mise en commun et partage interne);
  • utilisation des outils de partage (Dropbox, groupe Facebook privés, Twitter privé, Google.docs, etc.);
  • «éditorialisation» des sites Internet de destination (contenus).

Une veille et une curation réussies sont donc susceptibles de guérir l’infobésité dont nous souffrons et également de hausser le niveau de connaissances stratégiques. De plus, les retombées indirectes de la veille sur l’entreprise (pratiques innovantes, relations publiques) ne sont pas à négliger car elles renvoient une image dynamique de l’entreprise, à l’écoute de son marché pour mieux se distinguer de la concurrence!

Mathieu Bruc 
Après un Master Professionnel Auteur Rédacteur Multimédia sur le site EERIE de l’École des Mines d’Alès, Mathieu Bruc a été Chargé de Mission Cévennes Tourisme à la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Alès Cévennes entre avril 2006 et janvier 2011. Depuis Février 2011, il a rejoint le Comité Régional de Développement Touristique d’Auvergne pour la mise en oeuvre de la stratégie touristique de l’Auvergne sur Internet et les nouvelles technologies. Il anime à titre personnel le blog-etourisme.com et rejoint la rédaction d’etourisme.info à l’occasion du 4ème anniversaire du blog, le 21 janvier 2010. 

Analyse rédigée en collaboration avec May Lisa Vézina et Maïthé Levasseur