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Analyses - 10 août 2006

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août 2006

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«Gap Year Travel», peut-on mieux exploiter ce créneau?

Le segment de marché relié au «gap year travel» demeure relativement nouveau et quelque peu méconnu. L’idée d’interrompre ses occupations régulières pour découvrir de nouveaux horizons ne date pourtant pas d’hier. Bien que les dépenses quotidiennes de ces voyageurs se révèlent relativement faibles, ils apportent une contribution substantielle à l’économie locale en raison de la durée de leur séjour. Cette pratique s’avère particulièrement populaire auprès du marché britannique. Plusieurs organisations opérant essentiellement à l’aide d’Internet se sont taillé une place en offrant des services qui vont de simples conseils de voyages à des agences de voyages spécialisées organisant le séjour.

Définition

Trouver une formulation francophone pour le gap year travel  n’est pas chose simple; nous conserverons ainsi l’expression anglophone d’origine afin de faciliter la compréhension. La notion de gap travel correspond à un voyage effectué par une personne qui a décidé d’interrompre ou de retarder, durant un certain laps de temps, ses études ou son emploi afin d’assouvir son désir de voyager.

Les origines du gap travel remontent à la fin des années 1940 alors que, dans la période de l’après-guerre, on voyait d’un bon oeil que les jeunes partent explorer la planète dans l’objectif de s’ouvrir aux différentes cultures et d’améliorer les chances de paix mondiale. Ce n’est toutefois qu’à la fin des années 1990 que l’idée de voyager à l’aube de l’entrée à l’université s’est répandue.

Trois segments distincts

Plus récemment, le concept du gap travel s’est étendu à d’autres groupes d’âge, à commencer par les individus au coeur de leur vie professionnelle. On observe en effet de nombreuses réorientations de carrière qui fournissent l’occasion à ces gens de prendre une pause entre deux emplois. De plus, il existe aujourd’hui une meilleure acceptation de la part des milieux éducatif et professionnel, ce qui contribue à créer un contexte favorable à ce type de voyages.  

On observe également un nombre croissant de personnes plus âgées qui profitent d’une bonne santé, tant financière que corporelle, pour partir à la découverte de nouvelles contrées. Plusieurs des voyageurs de cette catégorie sont des backpackers de la première heure et constituent une cohorte de voyageurs expérimentés.

Les trois catégories de gap travellers se résument comme suit:

  • Les jeunes à la porte de l’université qui voyagent une fois la période du secondaire ou du collégial complétée.
  • Les travailleurs qui décident de prendre une pause dans leur carrière professionnelle pour voyager.
  • Les retraités qui, souvent, ont terminé leur carrière principale avant l’âge obligatoire de la retraite et souhaitent voyager avant d’amorcer leurs activités post-retraite (petit boulot à temps partiel, bénévolat, etc.).

Taille et provenance du marché

Le marché du gap year travel est composé à plus de 90% de voyageurs indépendants qui organisent eux-mêmes leur périple. La firme de recherche britannique Mintel estime à plus de 10 milliards CAD les dépenses annuelles mondiales effectuées par les gap travellers. Ces derniers réalisent de 1 à 1,5 million de voyages annuellement. Le Royaume-Uni représente, et de loin, le marché le plus important, générant à lui seul des dépenses d’environ 5 milliards CAD.

En dépit du fait que les dépenses quotidiennes de ces voyageurs demeurent relativement faibles, la durée de leur séjour fait en sorte que la contribution économique de chaque voyageur s’avère très élevée. En moyenne, les gap travellers dépensent 10 000 CAD par voyage. Ce sont les voyageurs en pause de carrière professionnelle qui y allouent les plus importants budgets, environ 16 000 CAD par voyage. Les gap travellers en provenance du Royaume-Uni représentent seulement 1% des départs internationaux du marché britannique, mais environ 10% des dépenses.

Le marché des jeunes est dominé par la clientèle anglo-saxonne provenant principalement du Royaume-Uni, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l’Afrique du Sud. On estime à 230 000 le nombre d’étudiants britanniques âgés de 18 à 24 ans qui effectuent ce type de voyage. Les pays scandinaves, le Canada et l’Irlande constituent aussi des bassins de clientèle à considérer. On trouve aux États-Unis un segment de jeunes qui étudient au Royaume-Uni et qui effectuent quelques voyages à l’intérieur du Vieux Continent entre les sessions. Mais, contrairement à d’autres nationalités comme les Britanniques, le marché américain est moins porté à entreprendre des voyages autour du monde.

Quant aux gap travellers britanniques de mi-carrière, on en recense 90 000 comparativement à 200 000 en situation d’après-carrière.

Choix des destinations

L’Australie et la Nouvelle-Zélande constituent les deux pays par excellence pour ce type de projet, particulièrement auprès des Européens. Plusieurs critères influencent la popularité d’une destination auprès des «gap travellers», notamment la sécurité, les exigences de visas, le coût de la vie, les possibilités d’emploi. L’Australie exploite d’ailleurs son statut particulier de destination éloignée de rêve et renforce son avantage concurrentiel auprès de ce marché avec des campagnes promotionnelles soutenues (voir photo). En 2005, le gouvernement australien a alloué un budget de six millions CAD pour promouvoir à l’étranger les vertus de son offre de visa de travail-vacances, afin d’attirer les gap travellers et il a même étendu la période de séjour permise de un à deux ans.  

L’Asie est également prisée par ces voyageurs en raison de la richesse de l’expérience culturelle qu’elle procure et du faible coût de la vie qu’ils y trouvent. Les pays incontournables qu’ils explorent pour le plaisir sont l’Inde, la Thaïlande, la Malaisie, le Viêt Nam et l’Indonésie. Ils se tournent aussi vers le Japon, mais davantage pour y trouver du travail.

L’Amérique du Sud et le Pacifique Sud, avec le Brésil et Fidji en tête de liste, sont aussi de plus en plus populaires. Finalement, l’Afrique attire pour sa part un grand nombre de travailleurs humanitaires avec son concert d’organisations internationales spécialisées.  

Et le Québec?

Comme les règles d’accueil des visiteurs internationaux relèvent du palier fédéral, le gouvernement canadien joue un rôle primordial pour attirer ce créneau de voyageurs. Affaires étrangères et Commerce international Canada offrent le Programme vacances-travail. Ce dernier propose aux résidants de 13 pays admissibles (Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Corée du Sud, Finlande, France, Irlande, Japon, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Suède et Royaume-Uni) de voyager au Canada tout en ayant la possibilité d’occuper un emploi pendant une courte période afin de gagner un peu d’argent supplémentaire pour assurer les frais de voyages. La période maximale de séjour en vertu de ce visa est de 12 mois. Malheureusement, les États-Unis ne font pas partie de cette entente.

Du côté des initiatives régionales, Tremblant constitue un bel exemple de réussite dans ce segment de marché. L’organisation Ski le Gap a été créée en 1994. Elle cible spécifiquement les skieurs britanniques qui recherchent une formation intensive de ski alpin ou de planche à neige (voir photo). On leur propose de vivre une expérience incomparable à l’occasion de leur gap year et d’acquérir plusieurs niveaux de certification. De plus, cela permet à la destination de ski de compter sur un bassin additionnel d’instructeurs qualifiés, enjeu important pour le secteur.

Il existe une multitude de déclinaisons à exploiter pour attirer cette catégorie de clientèle dont le comportement de voyage n’a certes rien d’habituel. De nouvelles facettes méritent peut-être d’être exploitées afin de favoriser d’autres rapprochements naturels à l’instar des jeunes skieurs britanniques à la recherche d’expériences de ski. Par exemple, la France ne pourrait-elle pas s’avérer un marché prometteur pour le Québec pour certains créneaux spécifiques? Les grands espaces demeurent toujours un élément de rêve qui peut facilement être jumelé à un contexte de vacances-travail, dans le tourisme de plein air et d’aventure notamment.

Cousins français, une année sabbatique au Québec ça vous dirait?

Voir aussi

Gap Australia
Ski le gap.com
Gap-year

Sources:
– e-tid. «Brazil «Develops as Gap Year Destination», 11 juillet 2006.
– Hide, Will et Tom Chesshyre. «The Trip of a Lifetime Starts Here», The Times [travel.timesonline.co.uk], 17 juin 2006.
– Hotel News Resource. «Gap Travel – Emerging Niche Market with 1 Million to 1.5 Million Trips Per Year», 21 février 2006.
– Mintel International Group. «Gap Year Travel International», Travel & Tourism Analyst, No. 12, juillet 2005.
– Wignall, Alice. «Time Out», The Guardian [travel.guardian.co.uk], 19 août 2004.

 

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