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Analyse - 9 août 2021

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août 2021

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Classifier ou ne pas classifier ?

Certaines classifications hôtelières tiennent compte des avis en ligne, des pratiques durables ou encore de l’expérience sur le site Web de l’établissement.

L’abolition du programme québécois

Au Québec, tout établissement touristique est tenu de présenter une demande d’attestation de classification pour opérer légalement, tel que le stipule la Loi sur les établissements d’hébergement touristique. Mais avec le dépôt du projet de loi 100, le système de classification devrait être aboli prochainement. Sa désuétude, son manque de cohérence avec les attentes des consommateurs et la lourdeur de sa gestion expliquent ce verdict. Mais est-ce qu’une formule améliorée pourrait le remplacer ? Existe-t-il des modèles mieux adaptés à la réalité actuelle qui transmettent de l’information pertinente à la prise de décision, tout en certifiant le niveau de qualité d’un lieu ?

Classifier, à quoi ça sert ?

Un système de classification hôtelière consiste à répartir les établissements en différentes catégories, selon leurs caractéristiques et leurs services communs. Il permet d’offrir des repères à partir d’informations colligées par des experts indépendants. La plupart des programmes mesurent la quantité et la qualité des installations et des équipements — taille des chambres, état du plancher, type de matelas, de lingerie, de produits de toilette, présence d’une piscine, d’un centre d’affaires, etc. Un tel système procure au voyageur l’assurance que l’hôtel classifié est un lieu répondant à une série de normes.

Pourquoi remet-on ces systèmes en question ?

Généralement, les programmes traditionnels de classification ne comprennent pas les éléments suivants, pourtant devenus essentiels dans le processus de décision des consommateurs :

  • La satisfaction des consommateurs ;
  • La qualité de l’expérience ;
  • La qualité des contacts avec le personnel ;
  • La facilité à réserver sur le site Web ;
  • Les marqueurs clés de différenciation.

Certains de ces programmes sont remis en question parce qu’on estime que d’autres types d’évaluation semblent mieux correspondre aux repères recherchés par les clients. En effet, depuis déjà plusieurs années, des consommateurs consultent systématiquement les avis en ligne sur les sites Web comme TripAdvisor ou encore Booking avant d’arrêter leur choix.

Comment ça se passe ailleurs ?

Différentes formules sont observables ailleurs dans le monde. En France, aux États-Unis et au Royaume-Uni, l’adhésion est volontaire. Un hôtelier français, par exemple, doit procéder à une demande de classification auprès d’Atout France, l’agence de développement touristique.

Aux États-Unis, il n’existe pas de système géré par les instances gouvernementales. Les entreprises (hôtels et restaurants) qui le souhaitent peuvent s’associer à des formules privées (AAA et Forbes) qui leur confèrent de la crédibilité et un gage de qualité. Dans le cas de AAA, qui couvre toute l’Amérique du Nord (CAA pour le Canada), l’hôtelier doit répondre à plus d’une trentaine de critères pour se prévaloir d’un classement de 1 à 5 diamants. Le répertoire de Forbes est plus restrictif, il comprend principalement les établissements de luxe.

En Espagne, chaque région gère son propre programme. Les critères peuvent légèrement varier, mais les catégories de 1 à 5 étoiles permettent tout de même au voyageur de jauger les types d’établissements qu’il considère. L’adhésion pour les hôteliers y est obligatoire.

Certaines destinations décident de ne recourir qu’aux avis en ligne pour orienter le choix des visiteurs. C’est le cas de la Norvège qui publie, sur le site Web Visit Norway, la liste des hébergements avec la cote attribuée par les clients sur TripAdvisor. Pas d’évaluation indépendante ni de repères rapides en matière de prix et de type d’établissement (économique vs luxueux).

classification_hotel_norvege

Source : Visit Norway

Trois modèles pour s’inspirer

Plusieurs systèmes de classification à adhésion volontaire ont été actualisés et permettent au consommateur d’effectuer un choix éclairé. Ces programmes sont aussi une occasion pour les établissements de se positionner favorablement auprès des voyageurs. Ils représentent des hébergements sécuritaires passés sous l’œil avisé des évaluateurs.

Europe : qualité des services en ligne et gestion de la satisfaction

Les regroupements hôteliers de plusieurs pays d’Europe, dont l’Autriche, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse, la Belgique et le Danemark, se sont ralliés pour adhérer à un système de classification uniformisé, The Hotelstars Union.

Bien que la grille d’évaluation soit assez conventionnelle, elle comprend des éléments d’intérêt comme un volet sur la gestion de la qualité (gestion des plaintes, analyse systématique des avis en ligne, client mystère, etc.). On y trouve aussi une section visant à évaluer la qualité du site Web, son adaptabilité aux différents écrans, la possibilité d’y réserver une chambre, etc. L’adhésion à une certification durable occupe un poids considérable dans le calcul des points. Les critères sont réévalués tous les cinq ans afin d’assurer la cohérence du modèle avec les besoins et les attentes des consommateurs.

Écosse : critères en tourisme durable

En Écosse, les entreprises touristiques sont invitées à souscrire au Quality Assurance Scheme. Depuis 2020, Visit Scotland exige des candidats l’adoption d’au moins 19 des 38 actions liées au tourisme durable. Il s’agit d’un standard minimum nécessaire pour obtenir le sceau de la classification. Parmi ces critères, mentionnons le recours à des fournisseurs locaux et à des sources d’énergie renouvelable, la promotion des activités culturelles de la région, ou encore la formation du personnel à accueillir des clients en situation de handicap. Les structures qui répondent à un grand nombre de ces critères peuvent se démarquer grâce à des certifications durables développées par l’organisation de gestion de la destination et ses partenaires.

Australie : intégration des avis en ligne

En complément des évaluations d’experts, le système australien intègre les notes attribuées par les consommateurs sur les sites d’avis en ligne. L’agrégateur ReviewPro, qui collige les cotes et commentaires publiés sur les plateformes comme TripAdvisor, Booking ou encore Expedia, transmet ces informations qui s’ajoutent à l’accréditation officielle. Le tarif de base pour une chambre apparait également sous le classement. Voilà qui permet au voyageur d’obtenir les renseignements qu’il cherche en un seul coup d’œil.

classification_hotel_australie

Source : Australia.com

Jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Les systèmes de classification hôtelière, adaptés au contexte actuel, jouent un rôle important dans l’industrie touristique. Non seulement ils mettent en place des standards de qualité qui assurent le déploiement d’une offre d’hébergement sécuritaire et approuvée par des experts indépendants, mais ils permettent aussi au voyageur de faire un choix éclairé.

La prise en compte des avis en ligne est désormais un incontournable, tout comme les indicateurs liés au tourisme durable et responsable ainsi que la qualité de l’expérience client. Et pourquoi ne pas aussi considérer les bonnes pratiques en matière de ressources humaines (l’expérience employé), d’innovation ou encore de design ?

Croyez-vous qu’un système renouvelé de classification de l’hébergement touristique pourrait bien servir l’industrie et la clientèle ?

Image à la une : Unsplash

Source(s)

Dion, Mathieu. « Hébergement touristique : Québec renonce au système », Radio-Canada, 8 juin 2021.

Sufi, Tahir et Satinder Pal Singh. « Hotel Classification Systems : A Case Study », Prabandhan : Indian Journal of Management, janvier 2018.

The Spain Journal. « New initiatives to boost tourism: a single level of hotel classification and support for agencies », 1er juin 2020.

World Tourism Organization. « Hotel Classification Systems : Recurrence of criteria in 4 and 5 star hotels », UNWTO, 2015.

World Tourism Organization. « Online Guest Reviews and Hotel Classification Systems », UNWTO, 2014.

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